Le permis de voter !

La démocratie est un beau système que nous pourrions peut-être retrouver, perdus que nous sommes dans cette image d’Epinal que l’on nous présente comme la démocratie et qui n’est qu’une oligarchie vaguement héréditaire qui méprise le peuple au lieu de le servir.


La démocratie est pourtant simple. Quand cent personnes responsables, c’est-à-dire compétentes, engagées et capables de doute, sont réunies pour donner leur avis sur un sujet qu’ils connaissent, l’avis de la majorité est plus que passionnant et il faut d’urgence le mettre en application.


En revanche réunir cent badauds pour leur faire décider la vérité sur n’importe quel sujet par l’avis majoritaire, est non seulement une insulte à l’intelligence mais une insulte à la démocratie. C’est pourtant ce que nous vivons et nous sommes tous responsables de la dérive actuelle en foire médiatico-publicitaire de ce beau système qu’est la démocratie. Il coûte en plus, fort cher car pour nous plaire et recueillir nos voix, les candidats sont obligés d’habiller des absences d’idées par des impressions d’idées. Absences d’idées car, trop occupés par l’élection, ils ne les cherchent pas. Les idées sérieuses sont toujours dérangeantes donc peu électorales. Impressions d’idées car il faut nous faire croire à un programme pour apparaître crédible. Ce grand écart est rendu possible par les publicitaires, nouvellement vêtus en « communicants », qui habillent pour leurs mandants, des vessies en lanternes.


Le résultat est que nous avons une classe politique qui ne représente plus le peuple bien qu’elle soit élue par lui. Nous l’avons vu pour le référendum sur la « constitution européenne » où la classe politique presque unanime a voté à l’inverse de son peuple. N’oublions pas non plus qu’il a fallu la manipulation des chiffres pour que l’on fasse croire que les Français avaient voté le traité de Maastricht par 51% contre 49%, alors que la réalité est que sur 100 électeurs inscrits, 70 étaient allés voter. Sur ces électeurs qui s’étaient déplacés pour voter, seuls 49% avaient dit oui, puisque 47% avaient dit non et que 4% avaient voté blanc ou nul. Seuls 49%, représentant 34% des inscrits, avaient suivi les conseils de Madame Royal, de M. Sarkozy et de M. Bayrou de voter ce traité qui donnait tous les pouvoirs à la Banque Centrale Européenne, pouvoirs qu’ils jugent tous les trois exorbitants aujourd’hui. Nous avons si peu de mémoire !


Mais alors d’où vient cette absence de vraie démocratie ?


La démocratie étant l’avis majoritaire des gens responsables, définis encore une fois comme compétents, engagés et capables de doutes, elle est obligée de limiter les électeurs ou de limiter les sujets.


Plutôt que d’affronter cette difficulté, on a préféré tuer la démocratie en ne limitant pas les électeurs, en les faisant même voter dès 18 ans, merci M. Giscard d’Estaing. Le résultat, écrit d’avance, est que l’on a limité les sujets à un seul, éternel et tristounet, Chispin ou Jorac, la liste de Gomez ou celle de Martin. Et le système se met en place que nous pourrions caricaturer par « Pardon Monsieur, est-ce que je pourrais demander si... » et la réponse du système « Tais-toi et vote ». Nous sommes si loin de la démocratie !


Pour la retrouver, pour avoir une classe politique qui représente vraiment le peuple, il faut imprimer dans les élections les bases de la responsabilité. Le doute n’est pas quelque chose dont le peuple manque quand il est dans son état normal. Le doute disparaît plus dans les classes dirigeantes sauf lorsqu’elles sont réellement confrontées à la réalité. Faisons confiance au peuple pour s’asseoir et hésiter avant de choisir.


L’engagement est vérifié par le fait de se déplacer, d’aller voter, de remplir son « devoir électoral ».


Il ne reste que la compétence à insérer dans les bases démocratiques. Vaste sujet ! Lors d’un dîner, je me souviens avoir posé à M. Juppé, alors adjoint aux finances du maire de Paris, la question :« Pour conduire, il faut un permis de conduire, pour chasser, il faut un permis de chasser, pour pêcher, il faut un permis de pêche, pour voter, ce n’est pas la peine. Est-ce que c’est moins important ? ». J’attends toujours la réponse, et je me pose donc toujours la question.


J’entends déjà l’avalanche de critiques qui vont tomber à l’instar du corps humain qui réagit globalement quand on appuie là où ça fait mal.

Vous voulez créer des grands électeurs ? Ceux qui savent et ceux qui ne savent pas ? Vous voulez couper la France en deux et revenir au suffrage censitaire ? Et qui fera passer le permis ? Qui va décider de ceux qui votent et de ceux qui ne votent pas ?


Le suffrage censitaire était lié au cens et donc à l’argent. L’argent n’est pas aujourd’hui suffisamment reconnu comme énergie sociale pour qu’une discrimination par l’argent soit envisageable. C’était le cas à Athènes mais autre temps, autre mœurs. Eliminons bien sûr le suffrage censitaire.


En revanche la question de l’épreuve du permis lui-même et de ceux qui le feraient passer, est une question difficile et délicate car l’objectivité devrait être unanimement reconnue. Sans cette objectivité le permis de voter serait une très mauvaise idée.


Mais cette objectivité peut être obtenue par une série de Questions à Choix Multiples comme au permis de conduire. Ces questions pourraient être entre autres :


Qui fait les lois ? 

  • 1 - Le Président de la République 
  • 2 - Le Gouvernement
  • 3 - Le Parlement

ou

Quelle est la monnaie de l’Europe ? 

  • 1 - Le franc 
  • 2 - L’euro
  • 3 - L’écu

Des questions simples, sans malice, sans piège, mais qui écarteraient ceux que cela n’intéresse pas du tout et pour lesquels on dépense tellement d’argent jusqu’au dernier moment pour qu’ils votent bien. Cela écarterait aussi jusqu’à l’épreuve suivante, ceux qui croient tout savoir et qui s’apercevraient qu’ils ont fait au moins 5 fautes sur des questions pourtant très simples. Cela renforcerait d’ailleurs l’engagement qui serait exprimé par l’effort de passer ce permis.

Le but n’est d’ailleurs pas de définir ici le permis de voter, ce qui serait très vaniteux mais d’en agiter l’idée.


On pourrait même réserver un nombre de places de députés pour représenter les Français qui n’auraient pas passé le permis de voter de façon à ce que chaque Français pèse du même poids dans l’Assemblée Nationale (ce qui n’est d’ailleurs aujourd’hui absolument pas le cas). Pour les représenter, on pourrait utiliser ce système que les députés ont choisi pour représenter le peuple dans les Cours d’Assises et que Rome avait déjà utilisé avec un vrai succès pour choisir les représentants du peuple : le tirage au sort. La représentation populaire serait tellement plus affinée par des députés élus par des électeurs titulaires du permis de voter, complétés éventuellement par des députés tirés au sort parmi les Français majeurs.


Ceux qui n’apprécieraient sûrement pas, ce sont les publicitaires ! Et en plus on ferait moins de croissance et donc moins de richesse à se partager, dit-on ! Décidément, quelle mauvaise idée !


Marc Dugois

  • Consultant, HEC, Ancien Avocat.
  • Auteur de « Voter utile est inutile » ou Petit manuel de sagesse pour un monde en crise /  2006, Éditeur Max Milo
  • Auteur de « L'inéluctable révolution » ou  Ne plus être les victimes consentantes des idéologies  / 2014, Éditeur Autres Temps
  • www.marcdugois.com
  • www.ecosophie.com
  • www.surlasociete.com

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