Argent et développement durable

Bien avant l’introduction des échanges dans un groupe, se situe la raison pour laquelle le groupe se constitue. Pour voyager ou pour survivre, pour se défendre ou pour se reproduire, les hommes se rassemblent pour une raison simple, un lien social. À l’intérieur de ce lien social chacun est prié de donner le meilleur de lui-même et les sociétés se constituent par le don de soi et l’accueil de l’autre à l’intérieur d’une loi qui les rassemble. Ce don de soi, le don de son énergie individuelle, de son travail, manuel ou intellectuel, manuel et intellectuel, crée un échange d’énergie entre les participants qui soude le groupe autant que le lien social.

 

Cette énergie est comptabilisée dans la mémoire du groupe et l’harmonie du groupe exige qu’elle soit équilibrée. À titre d’exemple, dans une famille ou un groupe d’amis, une simple parole suffira à stimuler le travail trop modéré de tel ou tel. Mais quand le groupe devient trop important, la mémoire collective trébuche et l’on choisit une matière comme l’or ou l’argent, recherchée, rare, pérenne et divisible qui va être la mémoire du travail des membres du groupe, leur monnaie, l’énergie du groupe, l’énergie sociale. Le mot même de monnaie vient du grec mnêmosunê « dont on conserve le souvenir ». Cette énergie n’existe que par la reconnaissance qu’elle est accumulation des énergies individuelles, accumulation du travail des membres du groupe, stockage réussi par l’homme de son énergie personnelle. La monnaie est le substitut de l’homme. Mais comme elle n’est au départ reconnue que par les membres du groupe, elle est aussi le symbole du lien social dont le pouvoir est garant, ce qui donne à ce dernier le droit de battre monnaie.

 

L’introduction de la monnaie nécessite pour la première fois de chiffrer les valeurs des biens et des services que l’on s’échangeait auparavant sans compter et en se contentant d’une harmonie des échanges. La monnaie génère le troc contrairement à tout ce qui est raconté dans le système académique qui soutient que le troc précède la monnaie. L’erreur universitaire laisse croire que la monnaie est le substitut des biens et des services. Elle va s’engager dans une querelle entre les tenants de la monnaie-signe et ceux de la monnaie-marchandise en oubliant que seul l’homme est à la fois réalité et symbole. La monnaie substitut de l’homme explique qu’un chanteur émeuve la France entière en brûlant un billet de banque à la télévision, alors que rien n’aurait bougé s’il avait brûlé un objet de même valeur acheté une heure auparavant avec le même billet. Inconsciemment il se brûlait et nous brûlait avec lui.

 

Mais l’humanité est faible. En refusant d’écouter toutes les sagesses antiques comme les trois religions monothéistes unanimes, en refusant de voir comme Aristote que « l’argent est par nature stérile » lui qui « a vainement cherché sur une pièce de monnaie ses organes reproducteurs », en refusant de réaliser que la multiplication de la mémoire s’appelle un rêve. En refusant d’admettre que l’on ne fabrique pas du cuivre avec du cuivre, de l’eau avec de l’eau et de l’argent avec de l’argent, l’homme a voulu créer de l’énergie sans travail, de l’argent sur lui-même. Il a inventé l’usure en la débaptisant pour qu’elle devienne simplement le prêt à intérêt, l’usure ne restant que son excès.

 

Mais comme l’argent n’est que la mémoire du travail loyalement accompli, toute augmentation artificielle de sa masse globale s’appelle inflation et entraîne une diminution de la valeur nominale. Tout prêt à intérêt est une dévaluation qui devrait être réservée au pouvoir dont un des rôles est de prendre une partie de la richesse des particuliers pour le bien de tous. Le prêt à intérêt est un impôt sur les possédants. Il n’est pas choquant mais il est étrange qu’il puisse être privé. Nous constatons pourtant que depuis que le système financier mondial se développe, les monnaies se dévaluent et que ceux qui travaillaient avant de consommer en remplissant leurs bas de laine, sont devenus des imbéciles. Les gens intelligents comme nous, consomment, jouissent et se vendent en servitude volontaire à leurs échéances bancaires futures.

 

D’autres gens intelligents ont compris le système et fabriquent entre eux de la monnaie par dizaine de milliards de dollars, qu’ils assurent entre eux pour ne pas voir que cet argent n’existe que si l’impôt privé qui le crée est reconnu, ce qu’il ne sera jamais sauf par la multiplication des prêts à intérêt qui nécessite que les peuples aient envie de jouir avant l’effort. Ce jeu de fous, joué avec des mots que personne ne comprend comme « rehausseur de crédit », « vente à découvert » et tant d’autres que seuls les initiés comprennent, a absolument besoin du mot confiance pour qu’aucun enfant ne puisse dire que « le roi est nu ». Des garçons et des filles de 30 ans super diplômés roulent Maserati à Londres pour le Crédit Suisse ou la Société Générale et jouent à ce jeu infernal qui n’a plus aucune règle.

Souvenons-nous de ce qui peut être durable.

 

Un équilibre stable se reconstitue naturellement quand il est dérangé. Le liquide dans un récipient ou le manteau accroché à un clou est un équilibre stable contrairement au château de cartes ou à l’échafaudage. Il n’y a de développement durable que le développement fondé sur des équilibres stables. Rien ne peut être durable s’il est fondé sur des équilibres instables qui s’anéantissent eux-mêmes au moindre dérangement ou qui nécessitent des renforts qui laisseront chaque fois au futur un problème un peu plus complexe. L’équilibre instable génère pour survivre une complication permanente qui ne peut aller que vers l’effondrement ou la paralysie.

 

La crise financière mondiale actuelle dont nous ne percevons pour l’instant que les prémisses, est un exemple typique d’équilibre instable. L’inflation absurde et incroyable, comme n’en a encore jamais connu l’humanité, créée par les prêts à intérêt, par la fabrication de l’argent sur l’argent, payée sans qu’ils le sachent par tous les épargnants dont l’avoir diminue, et devenue innommable au sens propre depuis que le mot « inflation » est devenu la hausse des prix et qu’aucun autre mot ne l’a remplacé. Cette bulle de néant qui ne tient que par la confiance que ses participants feignent d’avoir en elle, génère les réactions que nous observons. D’un côté les États-Unis baissent leur taux directeur pour faire encore plus d’inflation et laisser au futur un problème encore plus compliqué. Ils ont raison à leurs yeux puisque depuis août 1971, leur monnaie a été déconnectée de toute référence en restant monnaie de référence. Ils sont devenus les seuls faux-monnayeurs légaux de la planète et évacuent sur l’ensemble de l’humanité une bonne partie de leur problème. Cela fait tout de même baisser leur monnaie mais ils pensent avoir intérêt à perpétuer le système. D’un autre côté, la Banque Centrale Européenne refuse assez honorablement d’écouter les sirènes et de baisser ses taux pour ne pas compliquer encore le problème, mais elle est totalement isolée et n’ose pas dire que le système est en voie d’explosion tellement personne n’est prêt à l’entendre pour des raisons que nous devrons essayer de comprendre avant que l’explosion n’arrive. C’est le but de ce groupe de réflexion.

Écrire commentaire

Commentaires : 0