Ce monde bardé de certitudes et glacé de solitude

Ce passage de la chanson « Let the sunshine » de la comédie musicale Hair, présentée en France en 1968, annonçait déjà les difficultés du XXIème siècle. Une société est en effet fondée sur une relation harmonieuse entre le rapport à soi, le rapport à l’autre et le rapport à l’Illimité, à ce qui nous dépasse individuellement et collectivement, qu’on l’appelle Dieu, le logos, la nature ou l’origine de l’énergie.


Nous sommes sans arrêt tentés par les trois erreurs que sont la faiblesse de l’un quelconque de ces trois pieds. Lorsque l’individu est faible et méprisé, cela donne le sectarisme dans lequel le groupe et Dieu sont tout. Le gourou ou le Roi sont la cheville ouvrière de l’ensemble. Les philosophes des Lumières ont vigoureusement réagi à ce sectarisme en valorisant l’individu, ce qui nous a donné la révolution française non encore aboutie.


Lorsque l’Illimité est oublié, lorsque l’homme se croit un dieu, lorsqu’il croit qu’il n’y avait pas d’énergie avant lui, cela donne le matérialisme avec ses trois drames abominables que sont le nazisme, le communisme et le capitalisme que l’on commence enfin à séparer du libéralisme. Nous avons connu cela au XXème siècle. Mais lorsque le groupe s’effondre, lorsque les couples se séparent, quand les familles se disloquent, quand les entreprises meurent, quand les associations foisonnent pour répondre au besoin associatif qui est en nous mais disparaissent aussi vite parce qu’elle ne réussissent pas à se mailler, quand les partis politiques ne sont plus que des tremplins pour ambitions personnelles, alors nous rentrons dans le fanatisme où il n’y a plus que l’Illimité et moi, ce qui devient vite moi et Dieu, Moi et dieu. Les Bush, les Ben Laden, les écolos tellement sûrs d’eux-mêmes qu’ils sont incapables de se grouper sans se diviser aussitôt, sont tous la preuve très préoccupante de l’arrivée de ce fanatisme dans ce XXIème siècle.


Il est intéressant de noter qu’Al Qaïda veut dire « La base » car ce n’est en aucun cas un groupe mais une juxtaposition de certitudes isolées qui se regroupe tactiquement. En fanatisme chacun a évidemment raison puisqu’il est d’accord avec Dieu (pour un écologiste mettre « la nature »). Dieu et lui savent la vérité et ils n’ont pas besoin de se confronter au groupe. Cela donne un monde bardé de certitudes et glacé de solitude car on commence à n’être bien qu’en plein désert, dans l’Himalaya, dans son Vendée Globe ou perdu dans la forêt, quand l’autre est enfin absent. Ce fanatisme nous guette à tout instant et tout ce que nous savons faire c’est insuffler de l’argent pour redonner apparence de vie à nos familles, à nos entreprises, à nos partis politiques. Nous aimerions tellement qu’en apportant de l’avoir, tout soit résolu. En fait rien n’est résolu car ce qui manque c’est de l’être.


Y a-t-il encore un groupe ou un dieu que nous faisons passer avant notre propre personne, notre propre corps ? Pour quel groupe ou quel dieu sommes-nous prêts à donner notre vie, à nous sacrifier ? En occident, la réponse est « aucun » même si le couple et la famille résistent encore un peu ici ou là. Nous rejetons la mort comme odieuse alors que toute société harmonieuse l’accueille comme une partie de son quotidien. Nous avons même l’audace d’appeler liberté le fait de quitter le groupe au moindre problème en tuant par là même, les écoles de discernement, ces lieux fermés, contradictoires et obligatoires qui nous apprennent à être debout dans la vie.

 

Nous devons trouver en nous l’humilité et la sagesse de reconnaître qu’il y a plus important que nous, le courage d’accepter de mettre nos vies au service de ce qui nous dépasse et la force de passer à l’action. La difficulté est qu’en regardant autour de nous le système bancaire, les medias, la grande distribution, les partis politiques, la haute fonction publique, les syndicats, il est difficile de discerner une quelconque vision qui pousse à se donner. Tout est dans le court terme défensif et accumulateur d’avoir. Mêmes les Églises ne semblent s’intéresser qu’à l’ordre de leur repli.

 

Pourtant comme Rostand l’écrivait dans Chantecler : « Sache donc cette triste mais rassurante chose, que nul coq du matin ou rossignol du soir, n’a tout à fait le chant qu’il rêverait d’avoir. Pourtant il faut chanter, chanter même en sachant qu’il existe des chants qu’on préfère à son chant ».

Écrire commentaire

Commentaires : 0