Le langage des économistes n’est-il pas la seule chose compliquée en économie ?

Une étude de l’histoire de la médecine montre comment en occident le bon sens s’est confronté aux dogmes du XVIème siècle au XIXème siècle, et n’a triomphé que grâce à une succession de personnalités comme Ambroise Paré, William Harvey ou Philippe Semmelweis qui tous parlaient simplement de leur art de façon compréhensible car les mots étaient là pour véhiculer une pensée. À l’inverse les dogmatiques, admirablement décrits par Molière et dont on a évidemment oublié les noms, n’existaient que par un langage abscons qui masquait la limite dramatique des saignées et des purges. Il a fallu attendre Louis Pasteur pour que les dogmatiques rendent les armes dans la débandade coutumière de ceux qui s’agrippent les uns aux autres sans réaliser qu’ils ne sont solidaires que du pinceau.

Mais nous n’avons rien appris et nous recommençons en économie à écouter les tartarins de cette présumée science qui n’existe que parce que l’on ne comprend rien à ce qu’elle dit.


L’idée de nation, créée du XVIème au XVIIIème siècle, généra chez les hommes de droit et chez les philosophes une réflexion sur la richesse des nations. Aristote et l’Église avaient jusque-là simplement condamné philosophiquement la chrématistique, la poursuite individuelle de l’argent en grec.


Les mercantilistes voient la richesse de l’Espagne dans la possession de l’or (le bullionisme), la richesse de la France dans la possession de l’industrie (le colbertisme) et la richesse de l’Angleterre dans la domination du commerce international. Les physiocrates, les tenants d’un gouvernement laissé à la nature en grec, ceux que l’on devrait appeler aujourd’hui les écologistes, résistent en affirmant que la richesse d’une nation n’est que la somme des richesses que les paysans et la nature créent annuellement à la surface du pays. Tous disent vrai et Adam Smith fait un condensé de tout ce que plus d’une centaine d’auteurs a déjà écrit avec bon sens sur la richesse. Oubliant pourtant le « Il n’y a de richesse que d’hommes » de Jean Bodin, il définit la richesse comme l’ensemble des produits qui agrémentent la vie. Cet admirateur du « grand architecte de l’univers » est pourtant un homme de son siècle qui survalorise l’Illimité et le groupe en sous valorisant l’individu. Il ne voit pas que la monnaie est le substitut de l’homme et il écrit en bon matérialiste que la monnaie n’est qu’un voile que l’on peut retirer pour retrouver l’échange des biens et des services. Il est le premier à confondre la vie de famille et une économie de troc et c’est Karl Marx qui va un siècle plus tard tenter heureusement de remettre l’homme au centre, tout en faisant des prophéties qui ne se réaliseront jamais. En 1883 Karl Marx meurt et deux enfants naissent, John M. Keynes en Angleterre et Joseph Schumpeter en Tchéquie alors autrichienne. L’économie dérape avec le dandy anglais déifié par les politiques et que n’arrive pas à rattraper l’analyse de bon sens de l’austro-hongrois.


John M. Keynes cumule dans l’Angleterre du XXème siècle une formation de mathématicien et une intelligence brillante qui va « inventer » des trucs pour dépenser de l’argent qui n’existe pas. Encouragé par la Couronne britannique qui a besoin d’argent pour préparer la guerre, Keynes, en dandy rusé, fabrique des usines à gaz intellectuelles en faisant de la mathématique sur la philosophie pour démontrer que dépenser c’est s’enrichir. En fait tout son système permet de reporter sur le futur les efforts alors qu’on en consomme les fruits immédiatement. Il est fondé sur la confiance et à la question « Mais à long terme qu’est-ce que cela donne ? » Keynes répondait « À long terme nous serons tous morts ». Si Keynes a permis à Roosevelt de sortir de la crise de 1929 et au monde entier d’en payer le prix plus tard par la suprématie du dollar, il est aujourd’hui le mentor de tous les politiques qui appellent croissance toute dépense et qui endorment leurs peuples en leur promettant toujours des lendemains qui chantent. Il a pour complices les économistes dont fort peu reconnaissent leurs erreurs au crépuscule de leur vie comme John-Kenneth Galbraith qui écrivait à 96 ans « Les mensonges de l’économie ». Avec une belle humilité, certes tardive, il commençait par « Cet essai se propose de montrer comment, sur la base des pressions financières et politiques et des modes du moment, la théorie et les systèmes économiques et politiques en général cultivent leur propre version de la vérité. Une version qui n’entretient aucune relation nécessaire avec le réel. »


Joseph Schumpeter admirateur de Léon Walras, analyse, lui, avec lucidité le système économique, fondé sur l’harmonie et sur les équilibres. Il apporte la notion de mouvement aussi essentielle à la vie que l’harmonie. Il constate que l’harmonie endort et qu’elle génère ce qu’il appelle des entrepreneurs qui prennent le risque du changement. L’endormissement et le réveil génèrent des cycles que tout le monde peut constater. Pour Schumpeter l’entrepreneur est « un véritable aventurier qui n’hésite pas à sortir des sentiers battus pour innover et entraîner les autres hommes à envisager autrement ce que la raison, la crainte ou l’habitude, leur dictent de faire ». Schumpeter analyse judicieusement comment le système capitaliste sans entrepreneurs, entendus dans sa définition, dérive obligatoirement vers un monde de grandes entreprises gérées par de simples administrateurs pour des rentiers actionnaires, et se sclérose inéluctablement par l’État Providence, par le transfert du revenu des producteurs vers les non producteurs et par les réactions des gouvernements qui privilégient le court terme au détriment du long terme pour être réélus. Son analyse est impitoyable et terriblement actuelle mais il ne croit pas la révolution plausible tellement il a foi dans la réaction des entrepreneurs et dans le lien entre les intellectuels et les populations pour réagir. Il ne connaissait pas la force d’inertie du mondialisme et surtout la chape de plomb des mass médias qui sépare les intellectuels de la population en créant une fausse intelligentsia qui seule a le droit de s’exprimer et qui n’arrête pas de justifier l’injustifiable, de défendre l’indéfendable avec des mots que personne ne comprend. Le système dépense beaucoup d’énergie à faire croire que des Jacques Attali, des Alain Minc ou des Bernard Henry Lévy vont nous expliquer ce qui se passe alors qu’en se faisant grassement rémunérer, ils contribuent imperturbablement à créer un fossé entre le peuple et les entrepreneurs au sens schumpétérien du terme et à nous forcer à la révolution par des explications fumeuses de ce qu’ils ne comprennent pas eux-mêmes.


Il faut repartir de Confucius qui demandait de redonner leurs sens aux mots, redécouvrir que la richesse n’est qu’un regard, constater qu’un déchet et un embarras ont la même définition alors qu’ils génèrent une émotion inverse. Les mots riche et pauvre n’ont aucun sens objectif. Il faut se caparaçonner contre des mots comme pays riche, pays pauvre, seuil de pauvreté, droite, gauche, croissance qui génèrent des émotions sans être jamais filtrés par notre raison. Tous ces mots ne sont utilisés que pour entamer des manipulations dont le peuple est la victime consentante.


L’économie est une étude philosophique de l’action dans un groupe humain. Le bon sens et le discernement nous mettent devant des conclusions simples qui sont toutes des efforts à faire pour aller vers une société harmonieuse et en mouvement. Mais proposer des efforts au peuple, l’aimer suffisamment pour l’affronter, n’est pas dans la nature de la classe politique. Elle est dans le faire croire et a besoin pour cela des pseudo économistes qui bariolant la philosophie de mathématiques, font croire au bon peuple que ce qu’ils disent est compliqué, réservé à l’élite et malheureusement trop intelligent pour être compris par le vulgum pecus.


Il y a pitié à observer cela.

Écrire commentaire

Commentaires : 1
  • #1

    Alline Talkington (jeudi, 02 février 2017 23:16)


    What's up it's me, I am also visiting this web page daily, this website is truly good and the viewers are truly sharing pleasant thoughts.