Le protectionnisme : horreur ou nécessité ? 

Pierre Arditi disait dans une émission de France 5 devant quelques politiques du parti socialiste, du gouvernement et du Modem, que l’on avait perdu en France la conversation et que les syndicats comme les partis politiques et le gouvernement ne se parlaient plus que de façon convenue en s’opposant sans s’écouter.

Le même Arditi dans la même émission donnait pourtant inconsciemment la réponse en donnant de façon magistrale une tirade éblouissante de « Faisons un rêve » de Sacha Guitry qu’il joue actuellement dans un théâtre parisien. Il montrait comment pour être bon acteur il fallait se concentrer sur son texte. Il démontrait qu’on n’écoute jamais quand on est théâtral et qu’inversement c’est en étant dans un rôle à jouer du mieux possible, que l’écoute de l’autre n’a plus aucune importance. Cela vient de ce que la véritable écoute nécessite d’être naturel et que nos dirigeants sont dans le jeu théâtral et dans le paraître.

 

La lutte contre le protectionnisme et la défense du libre-échange font partie de ces scènes plus ou moins bien jouées qui sont nécessaires à la classe politique, syndicale, patronale et gouvernementale. Il est étrange d’ailleurs de constater que quasiment l’unanimité se fait pour constater le danger du protectionnisme alors que sur presque tous les autres sujets, si les gris disent blanc il faut que les marrons disent noir et réciproquement (mettre droite et gauche sur la couleur de son choix ndlr)

 

Quelle en est donc la raison et pour comprendre, quels sont les autres sujets sur lesquels l’unanimité est de règle ? L’horreur de l’esclavage, la haine du racisme, la vilenie de l’extrême droite, la nécessité de la croissance, les bienfaits de la démocratie, la valeur de notre éducation nationale et de notre système de santé, bref, tous les sujets qui posent des questions tellement profondes qu’il ne faut surtout pas les aborder. Et en tous cas, pas devant le peuple qui ne comprend rien à rien. Le protectionnisme est le premier sujet difficile que les évènements imposent et que les gens qui comptent tentent sans aucune chance de succès d’enterrer sans débat, au G7 comme dans Libération et dans le Point, au gouvernement comme à la CGT.

 

Le protectionnisme est pourtant seul à pouvoir freiner la Chine et l’Inde dans leur augmentation incessante de rejet de CO2 qui va rendre le changement climatique irréversible, enrayer le Brésil dans sa déforestation de l’Amazonie qui va priver la terre de milliards de tonnes d’oxygène, réveiller l’Australie qui ruine l’équilibre de la Tasmanie. Le protectionnisme est seul à pouvoir donner du travail à tous nos compatriotes en faisant fabriquer à nouveau ce dont nous avons besoin chez nous sans attendre que la terre entière nous achète nos intelligences. Il est seul à donner de la longévité aux entreprises de services qui ne survivront pas très longtemps aux entreprises de productions moribondes.

 

Mais le protectionnisme a un énorme défaut : il met les dirigeants, syndicats, patronat, gouvernement devant des choix à faire et non des utopies à poursuivre. Il va devoir dire au peuple qu’il lui faut choisir entre deux efforts terriblement douloureux : accueillir une hausse des prix faramineuse ou accepter d’être moins aidé, moins protégé, moins secouru, moins servi par des gratuits qui coûtent très cher. Et ça, personne n’a envie de le dire au peuple, de nous le dire.

 

On continue par intérêt personnel de recherche de pouvoir, de gloire et d’argent à nous faire croire que notre pouvoir d’achat va augmenter, que nous serons mieux logés, mieux distraits, que nous aurons toujours l’argent de notre loto et de nos vacances, que demain sera rose même si aujourd’hui est un peu difficile à cause de la crise et des Américains qui l’ont déclenchée. Un simple mauvais moment à passer qui aura évidemment une fin. Si cela ne suffit pas, les boucs émissaires ne manqueront pas : les islamistes, les racistes, les communautaristes et... les protectionnistes qui avec leur nationalisme préparent la haine des autres et seront les responsables de la guerre. La lâcheté a toujours su très bien s’habiller.

 

Efforçons-nous de rester simples et réalistes. Nous savons tous qu’il ne faut pas faire de folies lorsque nous sommes malades et qu’on ne se lance pas sans préparation dans un marathon, dans une belle ascension alpine ou dans une compétition serrée. Le libre-échange, c’est un échange intelligent avec les autres et c’est une chose merveilleuse s’il se fait avec des êtres et des groupes qui ont trouvé leur équilibre. C’est l’échange entre gens qui se respectent. Mais l’échange est nettement plus compliqué avec un aliéné ou entre aliénés et il n’y a de vrai libre-échange qu’entre personnes pondérées. Or c’est dans le protectionnisme que nous construirons notre cohérence personnelle pour faire ensuite du libre-échange avec ceux qui auront aussi trouvé de leur côté, leur harmonie personnelle. Ce sont les sagesses de tous qui empêcheront la liberté du renard dans le poulailler. Mais le libre-échange actuel lui, est une fuite en avant sans perspectives, sans éthique et sans règles si ce n’est la flatterie de l’électeur-consommateur-téléspectateur à qui l’on cache les choix difficiles pour qu’il continue à remplir son rôle d’étai de l’édifice virtuel. Il est remarquable que personne n’explique où nous mène le libre-échange effréné actuel. Il est le bien, point final. « Circulez ! Il n’y a rien à voir » comme disait Coluche.

 

Si l’on ne propose pas aux Français des deuils et des renoncements, des efforts dans une vision claire, ils devront accepter non seulement la baisse drastique inévitable de leur niveau de vie, mais en prime, le changement climatique et le chômage puisque nos dirigeants ont décidé qu’il fallait réinventer l’esclavage à notre profit en ne le disant surtout pas. Il ne faut pas chercher ailleurs la vraie raison d’une immigration de gens qui rêvent aussi d’être du bon côté du manche en ne réalisant qu’à moitié le côté éminemment provisoire d’un tel montage uniquement lié à la volonté de réélection des politiques. Comme cela ne peut pas marcher, nous allons être assez rapidement obligés de payer le vrai prix des biens et des services. Cela nous amènera obligatoirement à renoncer, à réduire notre consommation comme nos avantages acquis.

 

Chacun est conscient que le protectionnisme est un passage totalement obligatoire pour nous retrouver nous-mêmes mais l’on préfère le faire endosser par la guerre plutôt que d’en être responsables tellement le protectionnisme met le peuple en face de lui-même ce qui déplait à ses courtisans. N’oublions jamais que la guerre rend les transports hors de prix et qu’elle impose instantanément le protectionnisme.

 

Avec dix ans de retard, mais mieux vaut tard que jamais, Le Monde titrait le 26 février 2009 en page intérieure « Après la crise financière, la guerre civile ? ».


Pour éviter la guerre civile, respectons-nous suffisamment pour enfin affronter nos problèmes


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