Le démagogue : plaire ou conduire, il faut choisir !

« Après moi le déluge » disait Louis XV. Le déluge est arrivé après lui : ce fut la Terreur. Aujourd’hui nous sommes tous tentés de laisser les nuages s’amonceler en évitant de les regarder. Mais au fond de nous-mêmes nous savons que nous avons le devoir de ne pas baisser les bras. Et ne pas baisser les bras, c’est s’en servir, c’est agir, mais pour agir, deux voies s’ouvrent à nous.

 

La première consiste à observer les imperfections, éventuellement énormes, de notre système et tenter de les gommer par des réformes. La deuxième moitié du XXème siècle s’est engouffrée dans cette voie et encore aujourd’hui chacun apporte sa pierre à l’édifice en exprimant ses solutions. Ce sont des myriades de livres, d’articles de journaux, de conférences, de discussions tant au café du commerce que dans les familles, les think tanks ou les commissions ministérielles. Chacun a « la » solution et n’a besoin d’écouter personne. Les plus puissants ont même réussi à mettre leurs idées en application par une inflation législative inconnue jusqu’alors. Le résultat est que nous sommes toujours à la case départ qui n’arrête pas de reculer devant l’immensité d’un problème qui se complique chaque jour davantage. On a même découvert que le Diable venait mettre de l’huile sur le feu en se déguisant sous le nom de « la Crise ». C’est lui, c’est elle qui nous empêche de réussir ce que notre intelligence a conçu. Heureusement Dieu est là sous la forme de « la Croissance ». C’est lui, c’est elle qui nous sauvera. Tout ce que nous devons faire, comme l’a si joliment dit notre Président de la République le 1er avril 2009 au micro de Jean Pierre Elkabach avant de partir combattre le protectionnisme au G20 de Londres, c’est « être prêts à l’accueillir le jour où elle reviendra ». La première voie consiste à se prendre d’abord pour Dieu mais ensuite à tout attendre de lui devant l’inanité de nos réformes dont seul le Diable est évidemment responsable. La première voie consiste à changer le temps par la recherche, changer l’espace par l’Europe et le mondialisme, changer les hommes par la formation et attendre que Dieu fasse le travail par la croissance. S’extraire de cette première voie est une difficulté majeure qui demande humilité, courage et travail tellement il est reposant de la croire efficace.

 

La deuxième voie, parce qu’elle est moins simple, demande encore de l’humilité, du courage et du travail. Elle consiste à chercher la cohérence générale du problème avant de s’intéresser aux solutions qui, sans cette approche, ne sont que des rustines, des jambages, des renforts, toujours très coûteux, et qui ne masquent que l’aspect du problème que le donneur de solution a entr’aperçu. Mais prendre le problème dans son ensemble, faire un diagnostic, nous amène inéluctablement à remettre en question des dogmes qui sont les étais indispensables à la survie de la maison commune malade. La maison se dit oïkos en grec et oïkos a évolué vers la maisonnée. C’est la maisonnée qui a donné le préfixe éco et donc l’économie pour la gestion dans la maison, l’écologie pour l’étude dans la maison et l’écosophie, avec sophia, donne la sagesse dans la maison. C’est la sagesse qui est là pour bousculer les dogmes.


Le premier dogme à démonter est que le temps résout tous les problèmes. Il n’est plus nécessaire de renoncer à quoi que ce soit, il faut simplement être patient et discipliné. Nous vivrons mieux ET nous vivrons plus longtemps. Nous travaillerons moins ET nous gagnerons plus. On baissera les impôts ET on donnera plus d’argent à la culture, aux handicapés, au tiers-monde, aux jeunes, aux vieux, à l’hôpital et à la charité. Nous serons de plus en plus riches ET nous accueillerons la misère du monde chez nous en l’éradiquant ailleurs. La nature, l’écologie et le bon sens nous disent bien que nos enfants auront une vie difficile mais nous fermons nos oreilles tellement on nous a désappris le renoncement.


Comment en sommes-nous arrivés à faire preuve d’aussi peu de discernement ?


N’importe quel médecin du corps ou de l’âme nous apprend qu’il faut nettoyer une plaie avant de l’ausculter puis de la soigner. En ce qui nous concerne, ce qui masque notre problème c’est une formidable incompréhension de ce qu’est l’argent. Nous nettoyer pour commencer à nous comprendre, c’est d’abord redonner son sens à la monnaie, c’est vérifier que l’argent apparemment collectivement facile nous empêche d’affronter les choix difficiles. Pourquoi l’argent si difficile à obtenir individuellement est-il si facile à dépenser collectivement ?


« Au début était le troc et un jour c’est devenu trop compliqué et on a inventé la monnaie ». Voilà comment tous les livres d’économie commencent. En fait aucun ethnologue ni aucun archéologue n’a jamais trouvé trace d’une économie de troc où l’échange des biens et des services aurait précédé la monnaie. Pour bien comprendre cette méprise, prenons une famille qui n’a pas de monnaie pour faciliter ses échanges et qui serait, d’après nos économistes, en économie de troc et où papa n’emmènerait à la piscine que contre un certain nombre de tables mises et de chambres rangées. Maman ne ferait l’amour que contre le chèque des courses et ne nourrirait les enfants qu’à la fin d’une série de bonnes notes. Un jour cela deviendrait tellement compliqué que l’on écrirait tout sur des bouts de papier et l’on aurait inventé la monnaie. La réalité est autre.


Au début n’est pas l’échange des biens et des services mais l’échange des êtres. À l’intérieur du lien social qui est la raison d’être du groupe, la maisonnée, l’oïkos, chacun est prié de donner le meilleur de lui-même. La base de toute société est le don de soi et l’accueil de l’autre en vue du but collectif que le groupe s’est fixé. Et le pouvoir, les parents dans la famille ou les dirigeants quel que soit le groupe, veille à ce que chacun fasse sa part et se donne autant que les autres. Mais un jour le pouvoir, laxiste ou débordé, n’a plus la capacité de vérifier que chacun se donne vraiment autant qu’il le devrait. Alors il crée la monnaie, stockage du travail déjà effectué dont le pouvoir perd la mémoire. Il distribue à chacun selon son apport passé. Chaque travail futur sera alors rémunéré par le consommateur, qu’il soit individuel ou collectif. C’est ce chiffrage rendu nécessaire par l’introduction de la monnaie qui donne cette impression de troc. Mais n’oublions jamais que la monnaie est l’énergie collective, stockage de l’énergie individuelle qu’est le travail. Le mot même de monnaie, comme monument, vient du grec mnêmosunê qui veut dire « dont on conserve le souvenir ». La monnaie est donc de l’énergie humaine stockée et le travail est de l’énergie humaine vive.

 

Les conséquences de cette prise de conscience sont prodigieuses. On abandonne très vite les discussions académiques entre monnaie-signe et monnaie-marchandise dès que l’on s’aperçoit que l’énergie humaine est à la fois signe et marchandise. On réalise que créer de l’argent sans travail par la planche à billet, la carte de crédit ou le prêt à intérêt, le fameux riba islamique, est payé par la dévaluation de la monnaie existante se traduisant par un impôt à double contribuable, l’épargnant par la dévaluation et le consommateur par la hausse des prix. On comprend pourquoi il est inconvenant de brûler un billet de banque alors que brûler un objet de même valeur ne pose pas problème. On tient enfin l’explication de la dévaluation du franc de 99,95 % entre 1910 et 2002 alors qu’il n’avait rien perdu entre le franc germinal de 1805 et le franc Poincaré de 1910. On rejoint Aristote qui avait vainement cherché sur une pièce de monnaie ses organes reproducteurs. On se réconcilie avec toutes les sagesses qui condamnent unanimement le prêt à intérêt, l’usure dans son vrai sens : le prêt à intérêt est prohibé par la Bible, proscrit sans équivoque par le Coran et par le Christianisme y compris par Luther contrairement à ce qui est souvent cru. Dans son Petit sermon sur l’usure de 1519, repris dans son Grand sermon sur l’usure de 1520 Luther écrit « L’usure commence là où on exige plus qu’on a donné ». En 1524 il publie Du commerce et de l’usure dans lequel on peut lire : « D’après le droit divin, il ne faut pas vendre à crédit ou à terme plus cher qu’au comptant ». Le dernier à avoir condamné le prêt à intérêt est Jean-Paul II qui, lors de son Audience Générale du 4 février 2004, a dit en français « Ne pratiquez pas l’usure, une plaie qui à notre époque également, constitue une réalité abjecte, capable de détruire la vie de nombreuses personnes. »

 

Le drame du prêt à intérêt si imbriqué aujourd’hui dans notre mode de vie n’est pas seulement qu’il soit un impôt dissimulé très lourd sur tous les épargnants et sur tous les consommateurs. Ce n’est pas simplement qu’il soit un impôt privé dès lors qu’il est pratiqué par une banque privée et que les dévaluations et les hausses des prix fassent payer par le peuple les bons résultats des banques. Ce qui le rend vraiment tragique est qu’il permet apparemment de tout posséder, de ne faire aucun deuil, aucun renoncement, aucun choix. Le prêt à intérêt impose de sacrifier sa liberté sur l’autel des échéances à rembourser. Un jeune ménage va tout posséder d’un coup au seul prix de son esclavage sa vie durant. Le prêt à intérêt nous entraîne dans le jeu diabolique de la fausse manne divine appelée croissance, seule sortie de l’impasse dans laquelle nous nous précipitons. Il laisse croire à un eldorado que la classe dirigeante nous promet et qu’il est enfantin mais tellement agréable de gober. Le prêt à intérêt nous désapprend à être debout. Il nous replonge dans les trois faiblesses de l’adolescence : la soumission, la révolte et la fuite.


C’est en nous débarrassant d’une fausse vision de l’argent que nous pourrons enfin comprendre notre plaie commune profonde qui est d’analyser superficiellement nos problèmes en laissant la manne divine, la croissance, les résoudre demain sans efforts de notre part. Il faut repenser notre société en affrontant les questions essentielles que nous occultons à cause du prêt à intérêt, cette usure qui nous aveugle, nous endort et nous abêtit.

Nous devons repenser notre économie qui affirme résoudre collectivement les problèmes en les compliquant individuellement. Notre économie crée la discorde en grossissant artificiellement les problèmes réels de répartition alors que notre vraie difficulté est que nous ne produisons plus que notre vanité.


Nous devons repenser notre éducation qui se croit une des meilleures au monde alors qu’elle a éliminé les essentiels comme le discernement. Par facilité elle s’est soumise aux évaluations qui doivent tout chiffrer et donc négliger ce qui ne se chiffre pas et qui est pourtant souvent fondamental. N’enseigne-t-elle même pas cette négligence ?


Nous devons repenser notre organisation sociale fondée aujourd’hui sur la fuite en avant et l’autojustification à tous les étages.


Est-il bon que la collectivité prenne systématiquement à sa charge nos émotions et notre affectivité ? Est-il souhaitable que la société nous prenne par la main au lieu de nous laisser vivre nos affects, nous laisser les enterrer, les sublimer, les dépasser, les oublier, nous en enrichir suivant la belle phrase de Nietzsche « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort » ? Ne faut-il pas en suivant Nietzsche accueillir le risque de mort pour être vraiment fort ? Et si en tant qu’individu nous avons peur de ce risque, le devoir de la société n’est-il pas de refuser de le prendre à sa charge ?


Plaire ou conduire, il faut choisir. Celui qui flatte le peuple sous une ombrelle trop commodément appelée démocratie en lui donnant l’illusion de prendre à sa charge toutes ses émotions, n’est pas digne de le conduire.


Il est certes banal qu’individuellement chacun d’entre nous puisse être en difficulté avec sa propre mort, ses propres douleurs ou sa propre sexualité, la mort, les douleurs ou la sexualité de ses proches, mais la société ne devrait-elle pas avoir la sérénité de prendre avec distance ces éléments naturels de la vie ? Lorsque l’affect naturel des individus devient un affect collectif immédiatement médiatisé, le peuple ne devient-il pas la foule avec ses débordements aussi inexplicables qu’inacceptables ? Collectiviser la peur de la mort, surprotéger les individus, uniformiser les comportements par des chaînes, des peines plancher, des limitations de vitesse, des plots, des grilles ou des directives européennes, ne relèvent-ils pas d’une perversion dont les effets dévastateurs sont tous fondés sur la vénération de la survie au détriment de la vie ? Ne risquons-nous pas de nous laisser charmer par les politiques et les médias pour qui sondages et audimat sont le nectar et l’ambroisie, pendant que l’administration et Bruxelles nous imposeraient des obligations drastiques et profondément rejetées parce qu’exclusivement fondées sur l’émotion ? Ne nous pourriraient-ils pas la vie dans l’unique but, probablement inconscient, de nous faire perdre nos repères ? « Vivez vieux mais vivez couchés, nous nous chargeons du reste ». Nos dirigeants, hommes et femmes de communication, ne sont-ils pas de plus en plus contestés parce qu’acteurs de notre accompagnement palliatif dans un théâtre audiovisuel aussi coûteux qu’inefficace ? Personne ne dirige plus ce théâtre dans lequel nous sommes tous totalement dépassés en attente de... nous ne savons même plus quoi.


Si nous souhaitons vivre debout et soigner cette plaie qui nous fait mal, souvent sans même que nous en soyons conscients tellement elle est anesthésiée par le prêt à intérêt, il faut retrouver en premier lieu la notion d’équilibre stable. Un équilibre stable se reconstitue seul s’il est dérangé. C’est le manteau pendu au portemanteau ou le liquide dans un verre. Un équilibre instable en revanche ne doit en aucun cas bouger sous peine de s’effondrer. C’est le château de cartes ou le funambule. En un temps où l’énergie humaine se fait rare et l’énergie fossile coûteuse, bâtir sur des équilibres stables est la seule voie de développement durable car ne gaspillant pas de l’énergie pour maintenir malgré eux des équilibres instables.


Mais construire un équilibre stable demande du courage, de la détermination et de l’humilité car il ne peut se décréter, ni dans un ministère ni dans une commission européenne, encore moins dans une commission tripartite État, patronat, syndicats. On ne peut que constater sa réalité en vérifiant qu’il n’a besoin de rien ni de personne pour se perpétuer. D’autres époques l’avaient compris et les constructions Incas antisismiques étaient des chefs d’œuvre d’équilibre stable. Aujourd’hui nous l’avons oublié et ne cherchons qu’à perpétuer à grand frais notre société qui n’est plus qu’un amoncellement d’équilibres instables qui manquent tous d’argent pour durer. Les équilibres stables, eux, sont simples et peu coûteux. Leur seule imperfection apparente est de remettre en cause nos fondamentaux malades.


Soigner les fondamentaux malades c’est reconsidérer les trois piliers de toute société :

l’économie, l’éducation et l’organisation sociale.


En économie, pour que les citoyens s’intéressent et participent, chacun ayant le travail auquel il a droit, il est indispensable d’initier deux actions :

  • 1) Activer un protectionnisme pour sortir de la spirale infernale : la création de la servitude dans le tiers-monde pour obtenir des prix de vente de produits très bas afin de stimuler leur consommation ; le remplacement de nos concitoyens par des machines ou des esclaves du tiers monde pour améliorer la productivité ; la montée du chômage ; la prise en charge des chômeurs par la collectivité ; le financement de la collectivité par l’emprunt qui monte au ciel comme la tour de Babel ; le ciel qui doit nous apporter la croissance que l’on attend en augmentant la servitude du tiers monde et notre certitude d’être dans le vrai. Cette spirale nous séduit par sa capacité à esquiver les problèmes et des G8 aux G20, les politiques, unanimement prêts à nous cajoler, décident systématiquement de « combattre » le protectionnisme, c’est-à-dire leurs peuples.

Le protectionnisme permettrait pourtant de sortir de la fuite en avant actuelle et de retrouver le sens de l’entreprise, addition de l’énergie humaine stockée qu’est l’argent et de l’énergie humaine vive qu’est le travail. Le législateur pourrait revoir complètement le code de commerce donnant scandaleusement tout le pouvoir de décision à l’énergie stockée. Il pourrait revoir pareillement le code du travail donnant scandaleusement une pesanteur paralysante à l’énergie vive. Les deux énergies, au lieu de s’épuiser l’une contre l’autre, pourraient enfin s’additionner dans un tissu économique stable.

  • 2) Nationaliser les banques de crédit pour que l’impôt ne soit plus privé et qu’il soit orienté par la puissance publique vers un fort ralentissement des prêts dorénavant limités à une efficacité collective et non plus destinés à un endormissement par l’abondance.

Le protectionnisme ferait monter les prix, la limitation du crédit les ferait baisser. L’équilibre se ferait sur le vrai prix des biens et des services qui nous mettrait en face de notre complexité. Aujourd’hui, pour ne pas voir nos contradictions, nous faisons exactement l’inverse par le libre échange pour faire baisser les prix et par l’usure qui en augmentant la demande, fait monter les prix.

 

En éducation la sous-traitance à la seule Éducation Nationale a atteint ses limites et nous devons travailler sur deux axes :

  • 1) Le premier, théorique, est de prendre conscience que la connaissance n’est qu’un élément de la formation et qu’il doit être complété par l’expérience et le discernement qui ne sont pas des matières académiques et qui sont pourtant indispensables à l’efficacité. La mise en danger d’un enfant est la seule façon connue de lui apprendre la prudence. La vraie éducation a un coût en vies humaines et la surprotection de l’enfant est en fait une protection sécurisante des parents préjudiciable à l’enfant. De même la surprotection du citoyen est en fait une protection sécurisante des dirigeants préjudiciable au citoyen. Tant que la loi affirmera qu’« Il y a délit en cas de mise en danger délibérée de la personne d’autrui », toute vraie éducation sera délictueuse. Seule la volonté de nuire doit être évidemment réprimée mais elle ne doit pas être présumée.
  • 2) Le deuxième, pratique, est de compléter l’école, l’Instruction Publique trop vite appelée Éducation Nationale, par la création de lieux de vie avec des accompagnateurs et des lois particulières adaptées. Ces lieux pourraient être confiés au Ministère de la Défense qui ne défendrait plus seulement le territoire mais aussi à nouveau les comportements. Ce ministère devrait faire une pause dans sa séparation d’avec son immobilier pour pouvoir accueillir les enfants de la nation avec encore plus d’espace que l’Instruction Publique. Il devrait aussi former des entraîneurs, des accompagnateurs pour les différents ages afin que dans ces lieux de vie, les jeunes acquièrent à partir de l’adolescence, l’expérience aussi importante pour la construction de leur vie que la connaissance instillée à l’école. Chaque jeune citoyen pourrait puiser dans ces lieux de vie la construction de son harmonie personnelle entre les deux qualités contradictoires que sont rapidité et prudence avec le tissage permanent du « Dépêche-toi » et du « Fais attention ». Il y puiserait aussi l’apprentissage de l’action commune avec d’autres en étant conscient des défauts de chacun mais en construisant sur les qualités existantes chez les mêmes. Il y découvrirait naturellement que la limitation de vitesse n’a de sens que si la rapidité n’est plus une qualité. Il se demanderait s’il est politiquement digne de sauver quelques milliers de vie au prix de la déresponsabilisation de tout un peuple.

L’éducation doit cesser d’être fondée sur la peur de l’échec et s’appuyer à nouveau sur le plaisir d’apprendre et de grandir, sur les efforts que ce plaisir nécessite et sur les passerelles permanentes entre l’école dispensatrice de connaissances et les lieux de vie créateurs d’expérience.


En organisation sociale que nous appelons la politique, ne devrions-nous pas travailler sur deux axes :

  • 1) Chercher une vraie représentation populaire qui respecterait suffisamment les citoyens pour ne plus se croire obligée de les acheter par des dépenses électorales ridicules. Faut-il travailler un permis de voter ou reprendre le tirage au sort grec et latin comme dans une Cour d’Assises ? Il nous faut en tous cas un système vraiment représentatif du peuple qui ose aborder sereinement les problèmes sans exposition médiatique immédiate, ce qui n’est, à l’évidence, pas la réalité actuelle.
  • 2) Tourner le dos aux dérives actuelles de création d’argent, de subventions en tous genres pour ne jamais se confronter. Arrêter de tout esquiver en inventant de l’argent tous les matins comme les politiques le font maintenant systématiquement. Réapprendre la difficulté des choix, des deuils et des renoncements en ouvrant les débats difficiles. Entre autres :

Revoir notre système de santé dont l’explosion n’est retardée que par l’injection massive d’argent que nous n’avons pas. Le reprendre sur une base d’équilibre stable en nous demandant quels sacrifices nous sommes prêts à faire pour notre santé, celle de nos proches, et jusqu’à quelle limite ? Accueillir collectivement la mort avec sérénité, et non la cacher.


Retrouver le côté accidentel de l’accident, littéralement, ce qui arrive par hasard. Il faut réapprendre à tourner la page sur les deuils accidentels et accompagner collectivement la douleur individuelle des proches par la compassion et non par la recherche démagogique d’un coupable expiatoire. Trop d’associations n’existent que par l’accompagnement collectif démagogique de deuils individuels non faits et par les subventions que par faiblesse la puissance publique leur accorde avec de l’argent qu’elle n’a pas.


Résister à l’impulsion européenne des investissements obligatoires de précaution ainsi qu’aux contrôles administratifs perpétuels coûteux qui plombent l’activité dans le but imbécile avoué de supprimer les risques donc la responsabilité avec de l’argent que le contrôlé doit trouver lui-même.

Simplifier l’arsenal législatif qu’un demi-siècle d’émotions cajolées et de réactions précipitées a rendu obèse.


Étant donné les difficultés à surmonter et les combats à mener, combien serons-nous, par respect pour nos compatriotes, à ne pas laisser comme d’habitude la guerre faire le travail ? Elle arrive si facilement quand on la décrète impossible comme à la Belle Époque avant la guerre de 14 ou pendant les Années Folles avant celle de 39 ! La guerre fait à coup de millions de morts à peu près tout ce que nous refusons à la sagesse. Elle impose les combats contre nous-mêmes dont nous n’avons pas envie.


Qu’allons-nous décider ?


Pour aider à notre réflexion, nous pouvons redonner sens au mot paradigme qui exprime en grec l’exemple que l’on prend sur le voisin. Dans le Dictionnaire historique de la langue française Alain Rey définit le paradigme comme « la conception théorique dominante qui a cours à une certaine époque dans une communauté scientifique ». C’est la version savante de « tous accrochés au même pinceau », la version académique de la pensée unique. Tout changement de paradigme est au départ une gageure car il est vertement condamné par tous les pouvoirs établis. Copernic, suivi par Galilée, a pourtant réussi à nous faire changer de paradigme ; c’est la terre qui tourne autour du soleil et non l’inverse. Semmelweis, suivi par Pasteur, a aussi réussi à nous faire changer de paradigme avec la découverte des bactéries et des virus ; finis les saignées et les clystères. Einstein a tenté de nous faire changer de paradigme en nous expliquant que le temps et l’espace se confondaient ; le message est passé dans sa partie acceptable mais n’est pas encore intégrée dans l’idée que l’espace-temps n’est qu’un double décor dans sa partie réversible et sa partie irréversible, décor dans lequel l’énergie dont l’origine est inconnue ou indicible, se transforme d’une infinité de manières.


Nous devons à notre tour changer de paradigme en réalisant que l’argent n’est pas le substitut des biens et des services mais le substitut de l’homme. Si nous intégrons cela, tout s’éclaire différemment.

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