L'écosophie : une politique responsable

L’ « oïkos » est la maison en grec et a donné le préfixe éco.

L’économie est l’action dans la maison et donne l’expérience.

L’écologie est l’échange dans la maison et donne la connaissance. L’écosophie, la sagesse dans la maison, utilise le discernement pour construire sur la connaissance qui vient de l’écologie et sur l’expérience qui vient de l’économie pour savoir que dire et que faire.Cela manque aujourd’hui.

 

L’écosophie, la sagesse de la maison en grec, veut s’affronter aux contradictions qui sont en nous et chercher des issues qui seront toutes forcément des efforts sur nous-mêmes. L’écosophie est un chemin comme le sont l’économie qui est l’action dans la maison et l’écologie qui est l’étude de la maison. Le but du groupe de travail "Ecosophie" est de faire circuler les questions dérangeantes.

 

À titre d’exemple, nous pouvons observer en économie qu’avec la fonction publique que nous avons, avec la prolifération du « gratuit » qui grève tous les prix avec les budgets publicitaires et avec la protection sociale que nous avons et que nous offrons à ceux qui réussissent à venir chez nous, les coûts de fabrication sont devenus tels que nous ne voulons pas acheter à un tel prix ce que nous consommons. Et que nous préférons ne plus fabriquer et acheter à un système esclavagiste ce que fabriquent des parias au prix que nous souhaitons. Toutes les sociétés ont été esclavagistes dans presque tous les siècles, sur presque tous les continents. Mais est-ce vraiment ce que nous désirons et si c’est le cas aurons-nous le courage de le dire ? Ou vaut-il mieux moins consommer en payant plus cher ? Ou vaut-il mieux être moins protégés et avoir moins de fonctionnaires ? Vérifions ensemble que toutes les tentatives pour tout éviter ne sont qu’électoralistes, voire puériles, en tous cas sans issues.

 

Au moindre dérangement le château de cartes ou l’arbre scié s’effondre alors que le panier que nous portons à la main ou le liquide dans un bol revient tranquillement à sa place dès qu’il n’est plus agité. Un équilibre physique est instable quand son centre de gravité est en dessus de son attache. Il est stable quand son centre de gravité est en dessous de son attache. L’équilibre stable revient quand on le dérange contrairement à l’équilibre instable qui se détruit au moindre trouble. Or le trouble est une des composantes de la vie. Seuls les équilibres stables permettent la légèreté et la souplesse. Les équilibres instables nécessitent eux pour survivre la lourdeur des étais, des jambages ou des cales.

 

La mort ou la renaissance du bon sens, les équilibres stables ou instables, la valeur de l’homme dans le développement de nos sociétés sont des sujets de réflexions fondamentaux pour envisager demain.

 

Comme disait Antoine de Saint-Exupéry : « Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible. »

 

(Les réflexions publiées dans cette rubrique sont issues des travaux du groupe de travail Ecosophie animé par Marc DUGOIS. www.surlasociete.com,  www.ecosophie.com et www.marcdugois.com )


Les articles sur le sujet

Acheter sa vie pour faire de la croissance

Il y a des mots très beaux qui ne colportent aucune notion précise. Le progrès, la richesse et la croissance en font partie.


Si l’on progresse vers un sommet c’est que l’on est alpiniste, si l’on progresse vers un fond c’est que l’on est spéléologue. Le progrès c’est aller vers le mieux sans jamais définir ce mieux pour laisser la personne qui écoute y projeter ses propres rêves. « Vous n’êtes tout de même pas contre le progrès ? » est la phrase qui rive le clou à toute tentative de réflexion.


La richesse est attrayante mais personne n’a jamais su différencier une richesse, d’un embarras ou d’un déchet autrement que par le regard qu’on leur porte. La richesse n’est qu’un regard, nous sommes en philosophie et vouloir chiffrer la richesse, faire de la mathématique sur la philosophie n’est pas très sérieux. Tout ce que nous savons de la richesse est qu’elle vient du mot franc « rikki » qui se traduit par le « pouvoir ».


La croissance véhicule l’idée d’un « plus qu’avant ». Un enfant grandit, un arbre pousse, une tumeur grossit, les insectes pullulent, une tache s’étend, l’entreprise prospère, la fièvre monte. Notre optimisme naturel fait que la croissance nous rappelle plus facilement l’enfant, l’arbre et l’entreprise que la tumeur, la tâche et la fièvre.

Le comble du ridicule s’atteint lorsqu’on cumule le tout comme dans la phrase : « Le progrès est de faire croître les richesses et de se les partager ». Nous sommes pourtant avec cette phrase à l’entrée principale de l’Économie qui veut dire « dépenser » pour un économiste Keynésien et qui voulait dire « ne pas dépenser » pour ma défunte mère. Nous abordons la croissance économique que les politiques se reprochent systématiquement entre eux de si mal préparer quand ils l’attendent, et de l’avoir si mal utilisée quand ils l’ont cru présente.

 

Puisque nous ne pouvons pas sérieusement utiliser les notions de richesse et de progrès pour comprendre la croissance économique, nous pouvons essayer de l’approcher par les heures. Chacun d’entre nous consomme, en les vivants, 24 heures par jour et cela ne changera jamais. Ces heures qui passent, nous pouvons les remplir nous-mêmes avec notre énergie, notre sommeil, voire même notre ennui mais nous pouvons aussi les acheter en allant au restaurant, au cinéma, en vacances, devant la télévision ou avec un portable. En fait aucune heure n’est totalement achetée ou totalement produite par nous-mêmes. Si nous roulons en voiture sur autoroute, nous produisons nous-mêmes notre conduite, nous achetons individuellement la voiture et collectivement l’autoroute. Je produis ma lecture du livre que j’ai acheté. La séparation entre heures achetées et heures produites est inchiffrable tellement les heures s’interpénètrent mais leur différence est pourtant essentielle.

 

Ce sont les heures achetées que l’on appelle en économie le « Produit Intérieur Brut » si on s’intéresse aux personnes habitant le pays, ou le « Produit National Brut » si l’on s’intéresse à tous les nationaux, même dispersés sur la terre. L’augmentation des heures achetées dans la journée, l’augmentation des dépenses s’appelle la croissance économique, la diminution des dépenses et des heures achetées s’appelle la décroissance économique ou la récession pour ceux qui pensent comme ce vice-président de l’ex CNPF que « C’est un devoir pour les Français de consommer » (traduire « de dépenser »).

Le PNB étant donc la partie achetée de notre journée, on comprend mieux que l’on appelle « pays riche » un pays qui organise l’achat de leurs vies par ses habitants et « pays pauvre » un pays qui laissent ses habitants occuper leur temps et gérer leur vie. Si la Suisse a un PIB par habitant de 52 000 $, la France et l’Allemagne de 35 000 $ et Madagascar de 300 $, cela veut dire que si le Suisse achète 12 heures par jour, le Français achète 8 heures et le Malgache 4 minutes. Les occidentaux verront suivant leur sensibilité le Malgache comme sous-développé ou à vocation d’émergence mais tous lui souhaiteront de devenir aussi intelligent que nous.

 

Le Malgache rêvera simplement de se faire donner par nous, l’argent nécessaire à l’achat de sa vie pendant que ses Anciens lui diront au contraire sagement de vivre et de se connaître lui-même.

 

Pour calculer PIB et PNB, l’INSEE prend toutes les dépenses qu’il trouve et y rajoute une estimation à vue de nez de toutes les dépenses qu’il ne trouve pas comme par exemple, les achats « au noir ». Il découvre que nous dépensons chaque année davantage et nous appelons ce surplus de dépense, la croissance, que ce soit sous forme de dépense d’investissement ou de dépense de consommation. Il n’y a aucun élément de croissance qui ne soit une dépense, et réciproquement toute dépense fait toujours de la croissance. Une balance commerciale excédentaire peut faire dépenser les autres. Nous, nous dépensons en plus pour les autres.

 

Ce qui est préoccupant c’est que personne ne se demande qui paye la croissance et si la dépense est intelligente. On a même réussi à faire croire que la croissance avait des fruits que nous allions nous partager. Un professeur d’économie à Dauphine disait en privé que la croissance donne de l’emploi et enrichit l’État et que ce sont les deux seules choses qui intéressent les politiques.

 

La croissance mélange les dépenses intelligentes et les dépenses stupides. Prenez deux cents salariés et faites leur systématiquement construire des maisons les semaines impaires, démolir les mêmes maisons les semaines paires et recommencer, vous n’arrêterez pas de faire de la croissance, vous donnerez de l’emploi et vous enrichirez l’État. Un enfant de 10 ans dira peut-être : « Qui paie ? ». Un politique partagera les fruits de cette croissance entre des gens qui seront étonnés de ne pas recevoir leur part.

 

Le mot même de croissance peut faire oublier qu’elle n’est que la dépense sans discernement d’un argent qui aura ou n’aura pas de fruits. Il y a bien sûr des dépenses intelligentes qui porteront des fruits qui pourront être partagés mais cela s’appelle tout simplement une dépense intelligente et non pas la croissance. À force de mélanger les bonnes et les mauvaises dépenses dans ce fourre-tout de croissance, il ne faut pas s’étonner avec la Cour des Comptes que les dépenses stupides augmentent plus facilement que les dépenses intelligentes, sachant qu’en plus différencier les deux n’est pas simple. L’énergie que nous employons à faire n’importe quelle dépense pour faire de la croissance avec de l’argent que nous n’avons pas et que nous empruntons, serait sans doute mieux utilisée à travailler nos critères de choix entre dépenses intelligentes et dépenses ineptes. Cela commencerait à « freiner la progression de notre dette publique »

 

Dépenser sans discernement quelque chose de limité a heureusement entraîné des réactions écologiques pour les richesses naturelles de la terre. Cela n’a pas encore été fait pour l’argent car peu réalisent que l’argent n’est que le stockage du travail déjà effectué comme nous l’avons vu lors de notre précédente réunion de travail.

 

Il est préoccupant d’avoir une classe dirigeante qui compte sur la croissance pour faire ses réformes et nous emmener vers demain car la croissance est actuellement payée par la montée des emprunts des particuliers, des entreprises et des États. Or la même classe dirigeante nous explique la nécessité absolue de baisser la dette publique pour financer ses réformes.


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Le démagogue : plaire ou conduire, il faut choisir !

« Après moi le déluge » disait Louis XV. Le déluge est arrivé après lui : ce fut la Terreur. Aujourd’hui nous sommes tous tentés de laisser les nuages s’amonceler en évitant de les regarder. Mais au fond de nous-mêmes nous savons que nous avons le devoir de ne pas baisser les bras. Et ne pas baisser les bras, c’est s’en servir, c’est agir, mais pour agir, deux voies s’ouvrent à nous.

 

La première consiste à observer les imperfections, éventuellement énormes, de notre système et tenter de les gommer par des réformes. La deuxième moitié du XXème siècle s’est engouffrée dans cette voie et encore aujourd’hui chacun apporte sa pierre à l’édifice en exprimant ses solutions. Ce sont des myriades de livres, d’articles de journaux, de conférences, de discussions tant au café du commerce que dans les familles, les think tanks ou les commissions ministérielles. Chacun a « la » solution et n’a besoin d’écouter personne. Les plus puissants ont même réussi à mettre leurs idées en application par une inflation législative inconnue jusqu’alors. Le résultat est que nous sommes toujours à la case départ qui n’arrête pas de reculer devant l’immensité d’un problème qui se complique chaque jour davantage. On a même découvert que le Diable venait mettre de l’huile sur le feu en se déguisant sous le nom de « la Crise ». C’est lui, c’est elle qui nous empêche de réussir ce que notre intelligence a conçu. Heureusement Dieu est là sous la forme de « la Croissance ». C’est lui, c’est elle qui nous sauvera. Tout ce que nous devons faire, comme l’a si joliment dit notre Président de la République le 1er avril 2009 au micro de Jean Pierre Elkabach avant de partir combattre le protectionnisme au G20 de Londres, c’est « être prêts à l’accueillir le jour où elle reviendra ». La première voie consiste à se prendre d’abord pour Dieu mais ensuite à tout attendre de lui devant l’inanité de nos réformes dont seul le Diable est évidemment responsable. La première voie consiste à changer le temps par la recherche, changer l’espace par l’Europe et le mondialisme, changer les hommes par la formation et attendre que Dieu fasse le travail par la croissance. S’extraire de cette première voie est une difficulté majeure qui demande humilité, courage et travail tellement il est reposant de la croire efficace.

 

La deuxième voie, parce qu’elle est moins simple, demande encore de l’humilité, du courage et du travail. Elle consiste à chercher la cohérence générale du problème avant de s’intéresser aux solutions qui, sans cette approche, ne sont que des rustines, des jambages, des renforts, toujours très coûteux, et qui ne masquent que l’aspect du problème que le donneur de solution a entr’aperçu. Mais prendre le problème dans son ensemble, faire un diagnostic, nous amène inéluctablement à remettre en question des dogmes qui sont les étais indispensables à la survie de la maison commune malade. La maison se dit oïkos en grec et oïkos a évolué vers la maisonnée. C’est la maisonnée qui a donné le préfixe éco et donc l’économie pour la gestion dans la maison, l’écologie pour l’étude dans la maison et l’écosophie, avec sophia, donne la sagesse dans la maison. C’est la sagesse qui est là pour bousculer les dogmes.


Le premier dogme à démonter est que le temps résout tous les problèmes. Il n’est plus nécessaire de renoncer à quoi que ce soit, il faut simplement être patient et discipliné. Nous vivrons mieux ET nous vivrons plus longtemps. Nous travaillerons moins ET nous gagnerons plus. On baissera les impôts ET on donnera plus d’argent à la culture, aux handicapés, au tiers-monde, aux jeunes, aux vieux, à l’hôpital et à la charité. Nous serons de plus en plus riches ET nous accueillerons la misère du monde chez nous en l’éradiquant ailleurs. La nature, l’écologie et le bon sens nous disent bien que nos enfants auront une vie difficile mais nous fermons nos oreilles tellement on nous a désappris le renoncement.


Comment en sommes-nous arrivés à faire preuve d’aussi peu de discernement ?


N’importe quel médecin du corps ou de l’âme nous apprend qu’il faut nettoyer une plaie avant de l’ausculter puis de la soigner. En ce qui nous concerne, ce qui masque notre problème c’est une formidable incompréhension de ce qu’est l’argent. Nous nettoyer pour commencer à nous comprendre, c’est d’abord redonner son sens à la monnaie, c’est vérifier que l’argent apparemment collectivement facile nous empêche d’affronter les choix difficiles. Pourquoi l’argent si difficile à obtenir individuellement est-il si facile à dépenser collectivement ?


« Au début était le troc et un jour c’est devenu trop compliqué et on a inventé la monnaie ». Voilà comment tous les livres d’économie commencent. En fait aucun ethnologue ni aucun archéologue n’a jamais trouvé trace d’une économie de troc où l’échange des biens et des services aurait précédé la monnaie. Pour bien comprendre cette méprise, prenons une famille qui n’a pas de monnaie pour faciliter ses échanges et qui serait, d’après nos économistes, en économie de troc et où papa n’emmènerait à la piscine que contre un certain nombre de tables mises et de chambres rangées. Maman ne ferait l’amour que contre le chèque des courses et ne nourrirait les enfants qu’à la fin d’une série de bonnes notes. Un jour cela deviendrait tellement compliqué que l’on écrirait tout sur des bouts de papier et l’on aurait inventé la monnaie. La réalité est autre.


Au début n’est pas l’échange des biens et des services mais l’échange des êtres. À l’intérieur du lien social qui est la raison d’être du groupe, la maisonnée, l’oïkos, chacun est prié de donner le meilleur de lui-même. La base de toute société est le don de soi et l’accueil de l’autre en vue du but collectif que le groupe s’est fixé. Et le pouvoir, les parents dans la famille ou les dirigeants quel que soit le groupe, veille à ce que chacun fasse sa part et se donne autant que les autres. Mais un jour le pouvoir, laxiste ou débordé, n’a plus la capacité de vérifier que chacun se donne vraiment autant qu’il le devrait. Alors il crée la monnaie, stockage du travail déjà effectué dont le pouvoir perd la mémoire. Il distribue à chacun selon son apport passé. Chaque travail futur sera alors rémunéré par le consommateur, qu’il soit individuel ou collectif. C’est ce chiffrage rendu nécessaire par l’introduction de la monnaie qui donne cette impression de troc. Mais n’oublions jamais que la monnaie est l’énergie collective, stockage de l’énergie individuelle qu’est le travail. Le mot même de monnaie, comme monument, vient du grec mnêmosunê qui veut dire « dont on conserve le souvenir ». La monnaie est donc de l’énergie humaine stockée et le travail est de l’énergie humaine vive.

 

Les conséquences de cette prise de conscience sont prodigieuses. On abandonne très vite les discussions académiques entre monnaie-signe et monnaie-marchandise dès que l’on s’aperçoit que l’énergie humaine est à la fois signe et marchandise. On réalise que créer de l’argent sans travail par la planche à billet, la carte de crédit ou le prêt à intérêt, le fameux riba islamique, est payé par la dévaluation de la monnaie existante se traduisant par un impôt à double contribuable, l’épargnant par la dévaluation et le consommateur par la hausse des prix. On comprend pourquoi il est inconvenant de brûler un billet de banque alors que brûler un objet de même valeur ne pose pas problème. On tient enfin l’explication de la dévaluation du franc de 99,95 % entre 1910 et 2002 alors qu’il n’avait rien perdu entre le franc germinal de 1805 et le franc Poincaré de 1910. On rejoint Aristote qui avait vainement cherché sur une pièce de monnaie ses organes reproducteurs. On se réconcilie avec toutes les sagesses qui condamnent unanimement le prêt à intérêt, l’usure dans son vrai sens : le prêt à intérêt est prohibé par la Bible, proscrit sans équivoque par le Coran et par le Christianisme y compris par Luther contrairement à ce qui est souvent cru. Dans son Petit sermon sur l’usure de 1519, repris dans son Grand sermon sur l’usure de 1520 Luther écrit « L’usure commence là où on exige plus qu’on a donné ». En 1524 il publie Du commerce et de l’usure dans lequel on peut lire : « D’après le droit divin, il ne faut pas vendre à crédit ou à terme plus cher qu’au comptant ». Le dernier à avoir condamné le prêt à intérêt est Jean-Paul II qui, lors de son Audience Générale du 4 février 2004, a dit en français « Ne pratiquez pas l’usure, une plaie qui à notre époque également, constitue une réalité abjecte, capable de détruire la vie de nombreuses personnes. »

 

Le drame du prêt à intérêt si imbriqué aujourd’hui dans notre mode de vie n’est pas seulement qu’il soit un impôt dissimulé très lourd sur tous les épargnants et sur tous les consommateurs. Ce n’est pas simplement qu’il soit un impôt privé dès lors qu’il est pratiqué par une banque privée et que les dévaluations et les hausses des prix fassent payer par le peuple les bons résultats des banques. Ce qui le rend vraiment tragique est qu’il permet apparemment de tout posséder, de ne faire aucun deuil, aucun renoncement, aucun choix. Le prêt à intérêt impose de sacrifier sa liberté sur l’autel des échéances à rembourser. Un jeune ménage va tout posséder d’un coup au seul prix de son esclavage sa vie durant. Le prêt à intérêt nous entraîne dans le jeu diabolique de la fausse manne divine appelée croissance, seule sortie de l’impasse dans laquelle nous nous précipitons. Il laisse croire à un eldorado que la classe dirigeante nous promet et qu’il est enfantin mais tellement agréable de gober. Le prêt à intérêt nous désapprend à être debout. Il nous replonge dans les trois faiblesses de l’adolescence : la soumission, la révolte et la fuite.


C’est en nous débarrassant d’une fausse vision de l’argent que nous pourrons enfin comprendre notre plaie commune profonde qui est d’analyser superficiellement nos problèmes en laissant la manne divine, la croissance, les résoudre demain sans efforts de notre part. Il faut repenser notre société en affrontant les questions essentielles que nous occultons à cause du prêt à intérêt, cette usure qui nous aveugle, nous endort et nous abêtit.

Nous devons repenser notre économie qui affirme résoudre collectivement les problèmes en les compliquant individuellement. Notre économie crée la discorde en grossissant artificiellement les problèmes réels de répartition alors que notre vraie difficulté est que nous ne produisons plus que notre vanité.


Nous devons repenser notre éducation qui se croit une des meilleures au monde alors qu’elle a éliminé les essentiels comme le discernement. Par facilité elle s’est soumise aux évaluations qui doivent tout chiffrer et donc négliger ce qui ne se chiffre pas et qui est pourtant souvent fondamental. N’enseigne-t-elle même pas cette négligence ?


Nous devons repenser notre organisation sociale fondée aujourd’hui sur la fuite en avant et l’autojustification à tous les étages.


Est-il bon que la collectivité prenne systématiquement à sa charge nos émotions et notre affectivité ? Est-il souhaitable que la société nous prenne par la main au lieu de nous laisser vivre nos affects, nous laisser les enterrer, les sublimer, les dépasser, les oublier, nous en enrichir suivant la belle phrase de Nietzsche « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort » ? Ne faut-il pas en suivant Nietzsche accueillir le risque de mort pour être vraiment fort ? Et si en tant qu’individu nous avons peur de ce risque, le devoir de la société n’est-il pas de refuser de le prendre à sa charge ?


Plaire ou conduire, il faut choisir. Celui qui flatte le peuple sous une ombrelle trop commodément appelée démocratie en lui donnant l’illusion de prendre à sa charge toutes ses émotions, n’est pas digne de le conduire.


Il est certes banal qu’individuellement chacun d’entre nous puisse être en difficulté avec sa propre mort, ses propres douleurs ou sa propre sexualité, la mort, les douleurs ou la sexualité de ses proches, mais la société ne devrait-elle pas avoir la sérénité de prendre avec distance ces éléments naturels de la vie ? Lorsque l’affect naturel des individus devient un affect collectif immédiatement médiatisé, le peuple ne devient-il pas la foule avec ses débordements aussi inexplicables qu’inacceptables ? Collectiviser la peur de la mort, surprotéger les individus, uniformiser les comportements par des chaînes, des peines plancher, des limitations de vitesse, des plots, des grilles ou des directives européennes, ne relèvent-ils pas d’une perversion dont les effets dévastateurs sont tous fondés sur la vénération de la survie au détriment de la vie ? Ne risquons-nous pas de nous laisser charmer par les politiques et les médias pour qui sondages et audimat sont le nectar et l’ambroisie, pendant que l’administration et Bruxelles nous imposeraient des obligations drastiques et profondément rejetées parce qu’exclusivement fondées sur l’émotion ? Ne nous pourriraient-ils pas la vie dans l’unique but, probablement inconscient, de nous faire perdre nos repères ? « Vivez vieux mais vivez couchés, nous nous chargeons du reste ». Nos dirigeants, hommes et femmes de communication, ne sont-ils pas de plus en plus contestés parce qu’acteurs de notre accompagnement palliatif dans un théâtre audiovisuel aussi coûteux qu’inefficace ? Personne ne dirige plus ce théâtre dans lequel nous sommes tous totalement dépassés en attente de... nous ne savons même plus quoi.


Si nous souhaitons vivre debout et soigner cette plaie qui nous fait mal, souvent sans même que nous en soyons conscients tellement elle est anesthésiée par le prêt à intérêt, il faut retrouver en premier lieu la notion d’équilibre stable. Un équilibre stable se reconstitue seul s’il est dérangé. C’est le manteau pendu au portemanteau ou le liquide dans un verre. Un équilibre instable en revanche ne doit en aucun cas bouger sous peine de s’effondrer. C’est le château de cartes ou le funambule. En un temps où l’énergie humaine se fait rare et l’énergie fossile coûteuse, bâtir sur des équilibres stables est la seule voie de développement durable car ne gaspillant pas de l’énergie pour maintenir malgré eux des équilibres instables.


Mais construire un équilibre stable demande du courage, de la détermination et de l’humilité car il ne peut se décréter, ni dans un ministère ni dans une commission européenne, encore moins dans une commission tripartite État, patronat, syndicats. On ne peut que constater sa réalité en vérifiant qu’il n’a besoin de rien ni de personne pour se perpétuer. D’autres époques l’avaient compris et les constructions Incas antisismiques étaient des chefs d’œuvre d’équilibre stable. Aujourd’hui nous l’avons oublié et ne cherchons qu’à perpétuer à grand frais notre société qui n’est plus qu’un amoncellement d’équilibres instables qui manquent tous d’argent pour durer. Les équilibres stables, eux, sont simples et peu coûteux. Leur seule imperfection apparente est de remettre en cause nos fondamentaux malades.


Soigner les fondamentaux malades c’est reconsidérer les trois piliers de toute société :

l’économie, l’éducation et l’organisation sociale.


En économie, pour que les citoyens s’intéressent et participent, chacun ayant le travail auquel il a droit, il est indispensable d’initier deux actions :

  • 1) Activer un protectionnisme pour sortir de la spirale infernale : la création de la servitude dans le tiers-monde pour obtenir des prix de vente de produits très bas afin de stimuler leur consommation ; le remplacement de nos concitoyens par des machines ou des esclaves du tiers monde pour améliorer la productivité ; la montée du chômage ; la prise en charge des chômeurs par la collectivité ; le financement de la collectivité par l’emprunt qui monte au ciel comme la tour de Babel ; le ciel qui doit nous apporter la croissance que l’on attend en augmentant la servitude du tiers monde et notre certitude d’être dans le vrai. Cette spirale nous séduit par sa capacité à esquiver les problèmes et des G8 aux G20, les politiques, unanimement prêts à nous cajoler, décident systématiquement de « combattre » le protectionnisme, c’est-à-dire leurs peuples.

Le protectionnisme permettrait pourtant de sortir de la fuite en avant actuelle et de retrouver le sens de l’entreprise, addition de l’énergie humaine stockée qu’est l’argent et de l’énergie humaine vive qu’est le travail. Le législateur pourrait revoir complètement le code de commerce donnant scandaleusement tout le pouvoir de décision à l’énergie stockée. Il pourrait revoir pareillement le code du travail donnant scandaleusement une pesanteur paralysante à l’énergie vive. Les deux énergies, au lieu de s’épuiser l’une contre l’autre, pourraient enfin s’additionner dans un tissu économique stable.

  • 2) Nationaliser les banques de crédit pour que l’impôt ne soit plus privé et qu’il soit orienté par la puissance publique vers un fort ralentissement des prêts dorénavant limités à une efficacité collective et non plus destinés à un endormissement par l’abondance.

Le protectionnisme ferait monter les prix, la limitation du crédit les ferait baisser. L’équilibre se ferait sur le vrai prix des biens et des services qui nous mettrait en face de notre complexité. Aujourd’hui, pour ne pas voir nos contradictions, nous faisons exactement l’inverse par le libre échange pour faire baisser les prix et par l’usure qui en augmentant la demande, fait monter les prix.

 

En éducation la sous-traitance à la seule Éducation Nationale a atteint ses limites et nous devons travailler sur deux axes :

  • 1) Le premier, théorique, est de prendre conscience que la connaissance n’est qu’un élément de la formation et qu’il doit être complété par l’expérience et le discernement qui ne sont pas des matières académiques et qui sont pourtant indispensables à l’efficacité. La mise en danger d’un enfant est la seule façon connue de lui apprendre la prudence. La vraie éducation a un coût en vies humaines et la surprotection de l’enfant est en fait une protection sécurisante des parents préjudiciable à l’enfant. De même la surprotection du citoyen est en fait une protection sécurisante des dirigeants préjudiciable au citoyen. Tant que la loi affirmera qu’« Il y a délit en cas de mise en danger délibérée de la personne d’autrui », toute vraie éducation sera délictueuse. Seule la volonté de nuire doit être évidemment réprimée mais elle ne doit pas être présumée.
  • 2) Le deuxième, pratique, est de compléter l’école, l’Instruction Publique trop vite appelée Éducation Nationale, par la création de lieux de vie avec des accompagnateurs et des lois particulières adaptées. Ces lieux pourraient être confiés au Ministère de la Défense qui ne défendrait plus seulement le territoire mais aussi à nouveau les comportements. Ce ministère devrait faire une pause dans sa séparation d’avec son immobilier pour pouvoir accueillir les enfants de la nation avec encore plus d’espace que l’Instruction Publique. Il devrait aussi former des entraîneurs, des accompagnateurs pour les différents ages afin que dans ces lieux de vie, les jeunes acquièrent à partir de l’adolescence, l’expérience aussi importante pour la construction de leur vie que la connaissance instillée à l’école. Chaque jeune citoyen pourrait puiser dans ces lieux de vie la construction de son harmonie personnelle entre les deux qualités contradictoires que sont rapidité et prudence avec le tissage permanent du « Dépêche-toi » et du « Fais attention ». Il y puiserait aussi l’apprentissage de l’action commune avec d’autres en étant conscient des défauts de chacun mais en construisant sur les qualités existantes chez les mêmes. Il y découvrirait naturellement que la limitation de vitesse n’a de sens que si la rapidité n’est plus une qualité. Il se demanderait s’il est politiquement digne de sauver quelques milliers de vie au prix de la déresponsabilisation de tout un peuple.

L’éducation doit cesser d’être fondée sur la peur de l’échec et s’appuyer à nouveau sur le plaisir d’apprendre et de grandir, sur les efforts que ce plaisir nécessite et sur les passerelles permanentes entre l’école dispensatrice de connaissances et les lieux de vie créateurs d’expérience.


En organisation sociale que nous appelons la politique, ne devrions-nous pas travailler sur deux axes :

  • 1) Chercher une vraie représentation populaire qui respecterait suffisamment les citoyens pour ne plus se croire obligée de les acheter par des dépenses électorales ridicules. Faut-il travailler un permis de voter ou reprendre le tirage au sort grec et latin comme dans une Cour d’Assises ? Il nous faut en tous cas un système vraiment représentatif du peuple qui ose aborder sereinement les problèmes sans exposition médiatique immédiate, ce qui n’est, à l’évidence, pas la réalité actuelle.
  • 2) Tourner le dos aux dérives actuelles de création d’argent, de subventions en tous genres pour ne jamais se confronter. Arrêter de tout esquiver en inventant de l’argent tous les matins comme les politiques le font maintenant systématiquement. Réapprendre la difficulté des choix, des deuils et des renoncements en ouvrant les débats difficiles. Entre autres :

Revoir notre système de santé dont l’explosion n’est retardée que par l’injection massive d’argent que nous n’avons pas. Le reprendre sur une base d’équilibre stable en nous demandant quels sacrifices nous sommes prêts à faire pour notre santé, celle de nos proches, et jusqu’à quelle limite ? Accueillir collectivement la mort avec sérénité, et non la cacher.


Retrouver le côté accidentel de l’accident, littéralement, ce qui arrive par hasard. Il faut réapprendre à tourner la page sur les deuils accidentels et accompagner collectivement la douleur individuelle des proches par la compassion et non par la recherche démagogique d’un coupable expiatoire. Trop d’associations n’existent que par l’accompagnement collectif démagogique de deuils individuels non faits et par les subventions que par faiblesse la puissance publique leur accorde avec de l’argent qu’elle n’a pas.


Résister à l’impulsion européenne des investissements obligatoires de précaution ainsi qu’aux contrôles administratifs perpétuels coûteux qui plombent l’activité dans le but imbécile avoué de supprimer les risques donc la responsabilité avec de l’argent que le contrôlé doit trouver lui-même.

Simplifier l’arsenal législatif qu’un demi-siècle d’émotions cajolées et de réactions précipitées a rendu obèse.


Étant donné les difficultés à surmonter et les combats à mener, combien serons-nous, par respect pour nos compatriotes, à ne pas laisser comme d’habitude la guerre faire le travail ? Elle arrive si facilement quand on la décrète impossible comme à la Belle Époque avant la guerre de 14 ou pendant les Années Folles avant celle de 39 ! La guerre fait à coup de millions de morts à peu près tout ce que nous refusons à la sagesse. Elle impose les combats contre nous-mêmes dont nous n’avons pas envie.


Qu’allons-nous décider ?


Pour aider à notre réflexion, nous pouvons redonner sens au mot paradigme qui exprime en grec l’exemple que l’on prend sur le voisin. Dans le Dictionnaire historique de la langue française Alain Rey définit le paradigme comme « la conception théorique dominante qui a cours à une certaine époque dans une communauté scientifique ». C’est la version savante de « tous accrochés au même pinceau », la version académique de la pensée unique. Tout changement de paradigme est au départ une gageure car il est vertement condamné par tous les pouvoirs établis. Copernic, suivi par Galilée, a pourtant réussi à nous faire changer de paradigme ; c’est la terre qui tourne autour du soleil et non l’inverse. Semmelweis, suivi par Pasteur, a aussi réussi à nous faire changer de paradigme avec la découverte des bactéries et des virus ; finis les saignées et les clystères. Einstein a tenté de nous faire changer de paradigme en nous expliquant que le temps et l’espace se confondaient ; le message est passé dans sa partie acceptable mais n’est pas encore intégrée dans l’idée que l’espace-temps n’est qu’un double décor dans sa partie réversible et sa partie irréversible, décor dans lequel l’énergie dont l’origine est inconnue ou indicible, se transforme d’une infinité de manières.


Nous devons à notre tour changer de paradigme en réalisant que l’argent n’est pas le substitut des biens et des services mais le substitut de l’homme. Si nous intégrons cela, tout s’éclaire différemment.

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Vivre ou survivre

Si la vie peut s’observer dans l’humain, dans l’animal, dans le végétal, certains disent même dans le minéral, le regard que porte l’homme sur la vie de son espèce n’est plus l’émerveillement devant la création et la multiplication des cellules. Il est questionnement sur les limites de la vie, sur le sens de la vie, sur la qualité de la vie, et même sur la survie de l’espèce. Aucune de ces questions n’a de réponse claire unanimement admise dans notre société.


Nous avons fait semblant d’oublier que l’homme est totalement dirigé par son cerveau pour placer en trois lieux différents ce qui nous anime : nos besoins sont symboliquement placés au ventre, nos sentiments au cœur et notre sagesse à la tête. La nécessité, la passion et la raison nous guident en s’additionnant, en se combattant ou en s’ignorant. C’est la combinaison des trois qui fabrique les moteurs de nos vies. C’est elle qui fait individuellement et collectivement notre survie et notre vie.


Qu’ils soient d’ingestion, de digestion, de déjection, de repos ou de reproduction, nos besoins sont ceux de tous les organismes vivants. Ils ne nous différencient même pas du végétal pour lequel ils sont tout. Apaiser nos besoins c’est mettre notre machine en état de marche, c’est survivre.


Les passions sont les moteurs de nos vies, bases de nos activités, voire de notre activisme. Elles peuvent n’être orientées que vers nos besoins quand nous nous contentons de notre côté « plante verte ». Elles peuvent aussi à l’inverse nous faire oublier ces mêmes besoins tant peut être forte l’aspiration vers un but qui nous transcende. La passion subjugue la douleur. Qui n’a vécu la double expérience de la douleur abominable du coup de pied dans le tibia et de la douleur à peine ressentie du même choc éprouvé sur une branche morte mal placée en forêt lors d’une course éperdue vers un but important ? Dans le second cas trois sautillements grimaçants et la course reprend de plus belle alors que dans le premier cas la douleur fulgurante envahit et immobilise. La passion subjugue aussi la rudesse du travail. Un travail est moins dur si son but est très attirant. Une éducation au plaisir du travail bien fait rend ce travail encore plus facile. A l’inverse un travail imposé sans intérêt personnel bien compris, est immédiatement très fatigant. Les passions ne nous différencient pas encore de l’animal qui a aussi ses humeurs. Les passions nous agitent ou elles nous animent. Elles nous détruisent ou elles nous font vivre. En tous cas elles nous font bouger.


La raison, qu’on la nomme sagesse ou discernement, donne l’orientation. Elle organise, stimule ou freine l’ardeur des passions. Elle est l’apanage de l’être humain. La raison de vivre donne un but à l’existence. Ce but est l’harmonieux mélange des passions et de la raison. C’est lui qui fait vivre et non simplement survivre. Vivre c’est retrouver son humus, fruit de morts et source de vie, duquel s’enfoncent profondément les racines et duquel s’élèvent des tiges altières. Vivre c’est être debout et enraciné, refusant la soumission la révolte et la fuite mais se mettant au service du but de sa vie.


Les besoins, les passions et la sagesse ne vivent pas le temps de la même manière. Les besoins vivent intensément le temps présent par nécessité mais n’ont aucune idée d’avenir. La passion vit, elle aussi, intensément le temps présent mais elle le fait grâce à une vision souvent irréfléchie d’un futur exaltant. Quant à la sagesse, elle prend ses distances vis-à-vis du temps présent pour ne pas encombrer la construction de sa clairvoyance. Toutes les religions, y compris la laïcité et les chemins initiatiques, dédaignent les besoins et concentrent leur action sur le difficile mélange du rationnel et de l’irrationnel dans la vision qui les sous-tend, dans le but qu’elles proposent. C’est le but qui fait la différence entre les vies fort semblables du moine et du prisonnier, chacun dans sa cellule. C’est encore le but qui différencie deux armées pareillement équipées par le fameux moral qui croit à la victoire ou qui se prépare à la défaite.


Le rapport à la mort, du ventre, du cœur et de la tête est lui aussi différent : la nécessité combat la mort, la passion l’ignore et la sagesse l’accueille. Il est intéressant de constater combien la peur de la mort empêche de vivre. Qu’aurait fait le principe de précaution à Londres en juin 40 quand de jeunes Français de 20 ans décidaient de se battre pour l’honneur en faisant du risque une raison d’être ? Ils pensaient mourir tellement l’idée de simplement survivre leur était odieuse. Ils voulaient simplement vivre avant de mourir. Ils vivaient de rien, pour la liberté. D’autres survivent avec tout, pour rien ni personne, avec au ventre la peur de la mort et comme seul souci, l’obésité de leurs enfants.


Naturellement une société a la même structure mentale que les individus dont elle n’est que le rassemblement. Les civilisations semblent d’ailleurs suivre une sorte de courbe de Gauss qui part des besoins, s’enrichit des passions, culmine à la raison puis, s’affadissant par manque de prédateurs, abandonne la raison pour le passionnel et retombe finalement par la querelle dans la bestialité puis dans l’oubli. Elles partent de la survie pour déboucher sur la vie puis décliner vers la survie souvent porte du néant.


Et nous, où en sommes-nous ?


Chacun peut constater l’absence de but de notre société. Tout ce que notre élite propose est de changer l’espace avec l’Europe et le mondialisme, changer le temps par la recherche, changer les hommes par la formation et attendre par la croissance que les solutions viennent de Dieu. Nous avons abandonné la raison et nous sommes déjà dans la phase où nous errons sans but uniquement préoccupés par notre survie agrémentée de quelques passions toutes vues sous l’angle du plaisir. Non seulement nous sommes une société sans but mais par le mondialisme, nous nous voulons modèle pour toutes celles qui n’ont pas encore notre décrépitude et que nous appelons avec audace sous développées ou émergentes tellement nous nous croyons sur les hauteurs et tellement nous ne remarquons dans ces sociétés que ceux qui nous parodient, que nous mettons au pouvoir et qui s’enrichissent sur le dos de leurs peuples.

 

La raison nous dit pourtant que la seule action écologique efficace dans le réchauffement de l’atmosphère est d’arrêter d’acheter en Chine, en Inde ou au Brésil et de fabriquer nous-mêmes ce dont nous avons besoin, ce qui nous permettrait en outre d’affronter nos propres contradictions. Mais nous préférons trier nos déchets en protégeant le libre-échange. La raison nous dit que l’accumulation de connaissances devient encombrante si elle n’est filtrée par l’expérience. Pourtant, par incapacité à les occuper, nous continuons à orienter les jeunes vers les bacs professionnels qui deviennent des sous CAP et vers l’université où les étudiants rêvent à des lendemains qu’ils n’auront pas en complétant souvent leur évasion dans la musique par l’alcool ou la drogue. La raison nous dit que nous méritons notre classe politique tellement honteuse d’elle-même qu’elle ne parle que de changement sans envisager de se réformer elle-même. Mais nous sommes tellement heureux d’avoir ces funambules du verbe qui tissent avec nous cette étoffe létale dont la chaîne est notre attente de l’impossible et la trame leur art du « faire croire ». Les maîtres tisserands s’appellent les médias. Lorsque Churchill a dit à la Chambre des Communes : “Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur”, sans doute avait-il un combat à mener et non une élection à gagner ! C’était une époque où certains devaient vivre pour que tous survivent. Aujourd’hui nous survivons en cherchant dans les plaisirs l’évasion nécessaire pour ne pas avoir trop honte de notre incapacité à vivre et de ce que nous laissons à nos enfants.

 

Pourtant ce déclin n’est pas irréversible. De même que de collines en Pré-alpes puis en Alpes on arrive au Mont Blanc, une descente peut être avec l’expérience, la connaissance et le discernement, le socle d’une nouvelle montée vers quelque chose de plus abouti. Encore faut-il pour cela que la raison nous montre un sommet, que ce sommet enflamme nos passions et que notre côté enthousiaste remette à leur juste place nos besoins. Mais il n’y a pas de sommet possible stable sans que la réforme demandée par tous soit une réforme de nos mentalités. Un politique proposera des actions dans notre maison commune, économie en grec ; il s’intéressera à toutes les analyses de cette maison commune, écologie en grec ; mais ce qu’il ne fera jamais c’est d’utiliser son expérience et ses connaissances pour savoir quoi dire et quoi faire car cela serait la sagesse de la maison commune, l’écosophie en grec. Dans le système ploutocratique actuel déguisé en démocratie, il ne pourrait être entendu et ne serait donc jamais élu. Il ne le formulera donc jamais et préférera pour durer, flatter assister déresponsabiliser. À nous, le peuple, de suppléer sa carence.

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Le Produit Intérieur Brut

Imaginons la France comme une seule entreprise, sans contact avec les autres pays, fonctionnant en autarcie sans monnaie. Son économie fondée sur l’échange des êtres, le don de soi et l’accueil des autres, ne serait pas dans l’échange des avoirs que serait le troc. Chacun, mu par sa conscience ou par l’autorité publique, apporterait à la collectivité sa personne, ce qu’il saurait faire, ce que son travail passé lui aurait appris et ce que son travail présent lui ferait réaliser. Il recevrait pour cela la part de l’œuvre collective à laquelle il aurait droit. Un jour le Pouvoir, incapable de surveiller la réalité de l’apport de chacun, inventerait la monnaie, souvenir et preuve du travail déjà effectué.

 

Pour comprendre cette opération, imaginons une famille très nombreuse de 15 enfants où chaque enfant est aimé comme les autres et dans laquelle il est évidemment totalement ridicule de parler d’économie de troc. Un jour les parents constateraient qu’ils n’arrivent plus à contrôler l’efficacité quotidienne de tous les membres de la famille. Ils décideraient alors d’introduire une monnaie, l’écu par exemple, à l’intérieur de la famille. Ils fabriqueraient 17.000 écus et en distribueraient 1.000 à chaque membre de la famille. Chaque action utile à la communauté de n’importe quel membre de la famille serait chiffrée, un repas, le bain des plus jeunes, apprendre ses leçons, la surveillance des devoirs, le bisou du soir ou du matin, la gentillesse, les courses, le rangement des chambres, les accompagnements à l’école ou au judo, mettre ou desservir la table, etc, etc.... Les 17.000 écus seraient donc d’abord créés, puis distribués mais très vite par leur circulation ils représenteraient aussi la somme de toutes les productions de la famille, de toutes les ventes, comme la somme de toutes les consommations, de tous les achats. L’argent créé tournerait et sa masse m serait à la fois la quantité m de monnaie créée, la quantité m de valeurs produites, la quantité m d’argent distribué et la quantité m des dépenses effectuées.

 

De la même façon le groupe France produisant une quantité de biens et de services, le Pouvoir chiffrerait arbitrairement et globalement cette quantité annuelle à M. Ces biens et ces services devraient être achetés par les personnes, par les groupes ou par le Pouvoir lui-même qui prendrait le nom d’État. Pour ce faire l’État distribuerait l’argent nécessaire à faire tourner la machine au niveau qu’il aurait lui-même préalablement constaté. Il introduirait une quantité M de monnaie et le chiffrage M se retrouverait dans la production globale M, dans les achats globaux M et dans la somme M de la monnaie répartie entre groupes, individus et État. L’entreprise unique se diviserait en de multiples entreprises plus petites produisant des biens et des services grâce à ses actionnaires et à ses salariés qui en tireraient tous des revenus. Ces revenus serviraient à payer ce que produiraient les entreprises. À chaque mouvement l’État très imaginatif serait présent pour prendre sa dîme sous des formes variées avant de la redistribuer à sa convenance. La somme de toutes les productions, la somme de toutes les consommations et la somme de tous les revenus seraient évidemment toujours égales à M puisque les revenus sont là pour consommer les productions et pour produire ce qui doit être consommé comme les productions ont été faites pour procurer des revenus et répondre à la demande de consommation, tout comme la consommation est là pour justifier la production et les rémunérations du travail. C’est probablement ce qui s’est passé partout lors de la création de la monnaie.

 

L’absence d’étude sérieuse sur l’introduction de la monnaie dogmatiquement imposée comme ayant remplacé le troc, a privé de base solide l’étude de cette masse monétaire M. Il est pourtant essentiel d’être conscient que la quantité de monnaie introduite chiffre à la fois avec la même grandeur M, la quantité de monnaie créée dans le groupe, le M créé, la production du groupe, le M produit, la dépense du groupe, le M acheté et les revenus du groupe, le M perçu. Tout cela tourne. Or ce quadruple regard, cette approche multiple de la même masse monétaire M a engendré une confusion qui a été entretenue et utilisée selon les besoins du moment. En prenant conscience que ces quatre chiffrages sont par définition totalement identiques nous venons de définir, comme M. Jourdain faisait de la prose, les trois façons de calculer le Produit Intérieur Brut par la production appelée « valeur ajoutée », par la dépense et par les revenus. Une première constatation s’impose : le quatrième regard, le M créé a été oublié. Une deuxième constatation est que la formule « valeur ajoutée » est très ambigüe. D’abord la valeur, n’étant qu’un regard commun, est éminemment variable suivant le moment, le lieu et les personnes qui la fixent. Ensuite l’adjectif ajoutée pourrait laisser croire que l’on ajoute de la valeur alors qu’il ne s’agit que d’un maillon d’une chaîne qui, « ajouté » aux autres maillons de la chaîne, donne la valeur finale décidée par le Pouvoir à l’introduction de la monnaie. La TVA est le dernier maillon et est donc la dernière « valeur ajoutée ». L’État enlève ce dernier maillon pour calculer les « valeurs ajoutées » puis le rajoute pour définir le PIB. L’augmentation dans le temps de la masse monétaire M s’est appelée inflation ou croissance selon que le Pouvoir voulait la combattre ou la justifier. On l’a appelée inflation quand il s’agissait de créer de la monnaie en oubliant son origine de stockage de travail déjà effectué. En créant ex nihilo de l’argent sans travail, on faisait en effet « enfler » le M créé, avec comme conséquence systématique l’augmentation parallèle du M acheté sous forme de hausse des prix et l’augmentation du M perçu par une demande incessante d’augmentation des revenus des actionnaires, des salariés et de l’État. L’inflation est même devenue pour les médias l’augmentation du M acheté, la hausse des prix, en oubliant que l’inflation est d’abord l’augmentation du M créé. La vraie inflation n’a plus de mot pour parler d’elle dans les médias. Elle se meurt d’oubli alors qu’elle n’a jamais été aussi forte dans toute l’histoire de l’humanité et qu’elle explique que le franc ait perdu 99,99% de sa valeur entre 1912 et 2002.

 

Dans les quatre appellations de la même réalité, il a été décidé de choisir le M produit pour mesurer l’activité économique car le mot production incite à croire à la réalité d’une manne divine qui reste malheureusement uniquement biblique. Les autres appellations de la même réalité n’auraient pas passé le filtre marketing électoral de nos élites. Le M créé aurait donné trop d’importance aux vrais créateurs actuels de monnaie, les banques. Le M perçu aurait trop insisté sur la hausse des rémunérations et aurait mis le projecteur sur la répartition complexe de cette distribution entre l’État, les actionnaires et les salariés. Enfin le M acheté aurait trop montré que tout cela n’est que dépenses et aurait risqué de réveiller le peuple. Il a donc été décidé de prendre le M produit et de l’appeler « Produit Intérieur Brut » sans expliquer que ce n’est que par des artifices qu’on le distingue du M créé, du M acheté et du M perçu qui lui sont par définition égaux. On a aussi décidé de donner à l’augmentation de M, à l’inflation, le joli nom de croissance. On lui avait aussi donné précédemment le nom de relance, nom qui a été repris par le G20 en avril 2009 à Londres pour relancer l’inflation.

 

Une fois assimilé le fait que ce ne sont que pour des raisons de manipulation du peuple que l’on a appelé M Produit National Brut plutôt que Dépense Nationale, nous laisserons à l’INSEE le travail abominablement compliqué et difficile de chiffrer les Valeurs Ajoutées du Pays. À titre d’exemple l’INSEE a dû, pour chiffrer la production de l’administration, sa valeur ajoutée, décréter que cette valeur ajoutée était forcément supérieure à ce qu’elle coûtait car on ne serait pas assez bête pour se payer une administration inefficace et qu’il était donc sage de prendre le coût de l’administration comme chiffrage prudent de sa production. Pendant que l’INSEE pour paraître, s’empêtre à prendre la voie difficile, nous calculerons le PIB par la voie facile de la dépense. Le PIB est tout simplement la somme de toutes les dépenses de tout le monde, État, entreprises ou particuliers. Ces dépenses, intelligentes ou malheureuses, sont aussi bien des dépenses de consommation que des dépenses d’investissement. Ayons au passage un regard compatissant pour l’INSEE qui dans la voie nord difficile de la production est obligé d’appeler les investissements, la Formation Brute de Capital Fixe. La seule difficulté de la voie facile mais elle est de taille, c’est qu’elle pose la question, ô combien dérangeante que personne n’a envie d’entendre : Qui paye le PIB ?

 

En effet qui a payé les réparations des deux tempêtes de décembre 1999 et le nettoyage des côtes après l’échouage de l’Erika le même mois qui ont donné tant de croissance que l’État a même eu honte de la « cagnotte » que cela lui avait procurée ? Qui paye les accidents de la route, classés par l’INSEE en création de richesse, en valeur ajoutée ? Qui paiera les constructions de maisons les semaines paires que nous démolirons les semaines impaires pour inventer la croissance perpétuelle ? Ou pour reprendre l’idée de Keynes qui paiera les chômeurs qui creuseront des trous et ceux qui les reboucheront ?

 

Pour ceux qui douteraient encore que tout est lié et que l’économie, l’éducation et la politique sont dans la même chaîne d’union de la maladie, laissons le dernier mot à Marc Guillaume, professeur d’économie à Dauphine, qui, avec une pointe de cynisme, disait : « Le PIB donne de l’emploi et enrichit l’État et ce sont les deux seules choses qui intéressent les politiques ».

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Les écoles du discernement

Notre monde privilégie l’avoir à l’être et toute l’Éducation Nationale est tournée vers l’obtention d’un « bagage » qui serait le Sésame d’une vie réussie. La formation, dans la bouche de nos élites, doit toujours déboucher sur une compétence à posséder ou une connaissance à détenir. On bloque les enfants jusqu’à 16 ans dans des lieux appelés écoles même s’ils regardent plus la fenêtre que le tableau.

Là comme ailleurs il faut repartir des choses simples. Quiconque apprend quelque chose a envie de s’en servir et donc d’appliquer ce qu’il a appris, et quiconque vit une de ces applications voit combien la pratique est différente de la théorie, comment l’expérience complète la connaissance en en montrant les manques et en donnant souvent envie de retourner à l’école, sur les bancs de la fac ou dans un livre pour compléter ses connaissances. Toutes les civilisations ont additionné naturellement des lieux de vies pour tout le monde et des écoles pour les plus favorisés.


Dans notre histoire les familles et les villages étaient ces lieux où l’enfant se meulait à la vie dans l’étonnement, la douleur et la joie. Il grandissait dans le concret et une infime minorité avait des précepteurs. La Troisième République a donné à chacun la chance d’apprendre davantage que ce que la vie de tous les jours lui apportait. Les instituteurs, les hussards noirs de la République, ont diffusé un savoir qui a été l’ascenseur social de beaucoup, de tous ceux qui ont montré qu’ils savaient travailler pour se dépasser. Il y avait l’école lieu d’enseignement et la vie que l’on vivait dans son village et sa famille sans même réaliser que c’était des écoles de discernement avec leur législatif, leur exécutif et leur judiciaire discrets. Un gamin pouvait recevoir une fessée de la boulangère pour avoir chapardé sans que ni lui ni le village ni la boulangère n’en soient traumatisés. L’école des instituteurs était une école de la connaissance pour tous dans un monde villageois et familial qui était double école de discernement.


Mais dès le milieu du XIXème siècle l’environnement a changé et les mentalités ont évolué. Le pouvoir politique a été confié à des techniciens de la séduction ce qui a amené une double excroissance que le XXème siècle a amplifiée, l’une pour séduire, l’autre pour maîtriser. Pour séduire la gazette est devenue médias et pour maîtriser, l’administration a été multipliée par plus de 20 (200.000 fonctionnaires en 1850, 400.000 en 1900, 5,2 millions en 2008).

 

L’administration et les médias ont prospéré chacun avec leur défaut : l’administration donne en effet une valeur excessive à l’espace en négligeant le temps et les médias valorisent le temps à l’excès en réduisant l’espace. L’administration aime l’espace et les bâtiments publics prennent volontiers des noms volumineux (salle des pas perdus, palais de justice, hôtels du département, logements de fonction). Le temps la préoccupe beaucoup moins, tant par la recherche de la qualité que par le statut des fonctionnaires les rendant intouchables. Les médias donnent eux au contraire une valeur énorme au temps mais réduisent l’espace. Le coût de la minute de pub et la frénésie du scoop montrent leur valorisation du temps. Mais nous n’avons plus besoin de faire l’effort de voyager puisque les médias nous apportent dans notre salon le nouvel an chinois, la pendaison de Saddam Hussein et la profondeur des océans filtrés par Nicolas Hulot. De plus leur angle de vue est limité par l’objectif et ne rapporte qu’une partie de ce que le voyageur percevrait s’il prenait la peine d’affronter l’espace. Les médias donnent la fraction qu’ils veulent faire connaître, consciemment ou inconsciemment. Ces deux déséquilibres se sont mutuellement alimentés et ont donné d’immenses espaces administratifs peu vivaces et des médias sans perspectives qui se réfugient l’un dans la procédure, les autres dans le virtuel.

 

Pendant ce temps, en ville, l’environnement, tenu par l’administration et les médias, s’est déshumanisé et n’a plus été une école de discernement car il n’est plus un espace réservé contradictoire et obligé. Cela a certes apporté une forme de liberté mais avec cette liberté est arrivée la possibilité de fuir dans l’éloignement, dans l’anonymat et dans la solitude. Cette fausse liberté nous a retiré la force de nous meuler les uns aux autres. Devant cette absence d’école de discernement, nos dirigeants ont cru judicieux de confier toute l’éducation à l’école en transformant l’Instruction Publique en Éducation Nationale. Le résultat est malheureusement désastreux car l’école a tenté d’être, de la maternelle au lycée, un lieu de vie au rabais, incapable d’être le socle d’une soif d’apprendre indispensable sur les bancs de l’école ou de la fac. Le désir d’apprendre s’affadit vite si le premier moteur, le désir naturel de plaire aux parents, n’est pas relayé par le puissant moteur des difficultés des écoles de discernement. Sans lui le « plaire aux parents » se transforme pour être reconnu en « séduire les professeurs » puis « plaire aux patrons » et cela fabrique une population couchée ou révoltée.


Au XXème siècle, en réaction spontanée à cette situation, certains groupes éducatifs se sont constitués en lieux de vie comme les blousons noirs, le scoutisme, les grands frères ou les colonies de vacances, mais ces lieux de vie avaient un législatif, un exécutif et un judiciaire extrêmement disparates. Au lieu de veiller à la compatibilité des lois de ces lieux de vie aux lois de la République pour que ces lieux soient des écoles de discernement, nos dirigeants ont fait le choix de multiplier les lois de la République ainsi que les fonctionnaires destinés à en contrôler partout l’application rigide, souvent sans discernement. En caricaturant, on peut écrire que tout évènement créant une émotion passe au 20 heures puis génère une nouvelle loi que l’administration tentera de faire appliquer partout y compris dans les lieux de vie où sa présence n’est pas plus souhaitée que celle des médias.


Tous les lieux de vie qui voulaient préserver leur identité ont donc quasiment disparu ou sont entrés en clandestinité ou au moins en grande discrétion car ils ne peuvent exister qu’en se protégeant à la fois de l’administration et des médias. En effet donner une responsabilité à un adolescent, c’est-à-dire lui faire prendre un risque devient illégal par « mise en danger de la vie d’autrui ». Or dans un lieu de vie on préfère vivre debout que vivre longtemps et cela prend de front nos difficultés à intégrer la mort à la vie, le deuil et le renoncement à notre quotidien. Les lois d’un lieu de vie doivent être simples et en adéquation avec celles de la société. Pour que le lieu de vie devienne une école de discernement, il faut que les participants y soient volontairement tranquilles, voire même isolés, avec le désir de se dépasser. Sans même s’en rendre compte ils construiront ensemble une notion commune du beau du bien et du vrai qui sera la loi du groupe. Il faut bien sûr toujours vérifier que cette loi soit harmonieuse entre le rapport à soi et le rapport aux autres dans une ambiance sacrée qui dépasse tous les membres, qu’on l’appelle nature, Dieu, l’illimité, la verticale ou l’honneur. Le serment a sa place dans toute école de discernement. Le seul lieu de vie qui pouvait être école de discernement et qui avait échappé au contrôle administratif destructeur et à l’intrusion des médias indiscrets, était le service national parce qu’il était confié aux militaires qui se coupaient des médias et de l’administration civile et qui avaient appelé « patrie » ce qui nous dépasse. Ils avaient même créé officiellement leur législatif, leur exécutif, leur judiciaire et avaient même « droit » à un pourcentage de pertes. Les politiques l’ont supprimé. Ne faudrait-il pas le recréer et veiller à ce qu’il soit bien gratuit et fortement conseillé aux garçons et aux filles de notre pays ?


Nous devons redécouvrir que la base d’une société n’est pas son école de la connaissance mais ses écoles de discernement. L’école de la connaissance est toujours réservée à une élite minoritaire qui peut entendre la phrase professorale « Tu n’as pas besoin de comprendre. Apprends ». Seule l’école de discernement fera comprendre et donnera envie d’apprendre. La troisième République nous a appris par l’école de l’Instruction Publique que l’élite doit provenir de partout et que la multiplicité de ses origines l’enrichit. Mais il serait fou de croire que cette école est la panacée. En lui demandant tout, on en fait une prison dont beaucoup veulent s’évader par les moyens adolescents que sont l’absence et l’insolence, et où certains reviennent abattre avec le pistolet de papa une dizaine de leurs congénères.

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Quelle représentation du peuple en démocratie ?

Les points communs à la démocratie chrétienne et à la démocratie populaire sont tellement ténus qu’il devient obligatoire de se demander ce que veut dire démocratie quand on veut comprendre pourquoi ce mot est aujourd’hui, comme croissance et progrès, tellement béni par les dieux du moment alors que chacun s’arrête à sa définition imbécile faussement attribuée à Churchill « La démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres ». Circulez, il n’y a rien à voir.

 

Le dêmos grec était d’abord une portion de territoire avant de devenir les habitants de ce territoire, puis le peuple. Kratos est le pouvoir, la force, et le mot démocratie a été ressuscité à la révolution française après deux millénaires d’oubli pour faire front à l’aristocratie, en grec le pouvoir aux meilleurs qui ne l’étaient d’ailleurs souvent plus.

 

Nous nommons naturellement pédagogue celui qui conduit (agôgos) l’enfant (paidos), mais le démagogue lui, a la réputation depuis l’antiquité, depuis la guerre du Péloponnèse, de ne conduire le peuple que par la flatterie.

 

Cette disgrâce du démagogue par rapport au pédagogue ne viendrait-elle pas du fait que le peuple est beaucoup plus difficile à définir que l’enfant ? Le mot même de peuple est voué aux gémonies par certains qui le trouvent méprisant pendant que d’autres le portent au pinacle. Le populo est loin du peuple élu. Pourtant l’article 2 de notre constitution dispose que le principe de la République est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

Si respecter veut bien dire re-spectare, regarder sous différents angles, respectons le peuple en cherchant les différentes façons de l’approcher. Certains le voient comme le détenteur du droit qui a remplacé le droit divin à la révolution française. D’autres le voient comme une foule difficilement responsable et relativement grégaire. D’autres enfin le voient comme un groupe vivant quelque chose de commun, partageant dans un espace donné soit un passé un présent ou un futur, soit deux des trois, soit encore tous les trois.

 

On s’aperçoit vite en écoutant les diverses définitions du peuple que l’on s’enrichit plus des personnalités de ceux qui en parlent que d’une connaissance objective du mot « peuple ». Si comme le dit Boileau « ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément », la notion de peuple n’est pas très bien conçue. On en arrive même à se demander si le peuple n’est pas défini par son conducteur, son démagogue, et si l’histoire d’Hugues Capet ne se répèterait pas à un autre niveau. On sait qu’Hugues Capet a été élu roi par ses pairs à l’extinction de la dynastie des Carolingiens, ses pairs étant eux-mêmes des fonctionnaires ou des guerriers carolingiens. Au cours d’une querelle probablement imaginaire avec dit-on Aldebert de Périgord à qui il disait « Qui t’a fait duc ? », le roi s’est entendu répondre « Qui t’a fait roi ? ». Ne serions-nous pas à nouveau dans un phénomène de double reconnaissance où une classe dirigeante qui se reconnaîtrait comme dirigeante, se construirait un peuple pour que ce peuple la reconnaisse comme dirigeante. A la question « Qui t’a fait classe dirigeante ? », la réponse cinglante « Qui t’a fait peuple souverain ? ».

 

Le principe même de la double reconnaissance pose problème. Il y a une trentaine d’années Alain Cotta avait donné au premier gouvernement Chirac comme définition du chômeur quelqu’un « qui se reconnaît comme chômeur et qui est reconnu comme chômeur ». De même un expert est quelqu’un qui se reconnaît comme expert et est reconnu comme expert. Cela ne démontre rien ni sur l’activité du chômeur ni sur la qualité de l’expert. La double reconnaissance entérine le consensus qui arrange mais pas la vérité qui dérange. Une classe politique qui se voudrait apte à diriger pourrait se contenter de faire reconnaître cette aptitude par le peuple « souverain » plutôt que travailler à devenir réellement capable. Aimer son image plus que soi-même est le mythe éternel de Narcisse. On ne juge plus un arbre à ses fruits mais à son image. Le jour où une classe politique préférerait l’image qu’elle donne d’elle-même à la réalité de son action, il serait sans doute temps de s’inquiéter car il y aurait divergence entre le peuple souverain et le peuple réel.

On peut imaginer ce qui se passerait.

 

Le peuple souverain n’étant plus qu’une chimère créée pour justifier la sinécure d’un groupe dirigeant installé par cooptation, ce groupe serait alors de plus en plus séparé du quotidien du peuple réel avec qui il entretiendrait des relations de séduction pour cacher la réalité conflictuelle née d’une séparation profonde. La séduction serait confiée aux médias pour éblouir le peuple et pour le coucher en lui faisant miroiter la facilité supposée de la vie.

La réalité conflictuelle serait gérée par l’administration qui aurait mission de maîtriser le peuple réel par une série sans fin d’interdictions. Alors que les parents éduquent leurs enfants à la responsabilité en cherchant sans arrêt le difficile équilibre entre les deux phrases fétiches contradictoires « Dépêche-toi » et « Fais attention », l’administration déresponsabiliserait sur ordre le peuple réel en limitant la vitesse, en créant partout des obstacles physiques à toute transgression, des chaînes, des barrières, des plots, des ralentisseurs. Elle appliquerait partout sur ordre le principe de précaution qui permet de ne plus apprendre la prudence tellement elle est imposée.

 

Les onguents, propres à calmer les douleurs du moment, seraient distribués comme des sucettes par les médias comme par l’administration. On inventerait des jeux pour faire rêver, on distribuerait de l’argent pour que rien n’explose, ce qui attirerait de tous pays une population ébahie par un tel eldorado. Le peuple ne se sentirait plus un peuple. Les jeunes le diraient avec cynisme ou simplicité, les vieux rechercheraient dans le passé quand les gens étaient moins individualistes et quand on était heureux et fier du travail accompli. L’espace et le temps, ce double décor si nécessaire à l’homme, leur seraient brouillés. Côté espace rien ne serait clair sur leur appartenance à une région, une nation, un continent ou un monde. Côté temps, l’obscurité du futur limiterait presque tout au court terme ou à un conservatisme ancré dans le passé. Le peuple réel perdrait ses repères, se replierait sur des structures à taille humaine en se désintéressant de la classe dirigeante qui ne serait à ses yeux qu’un spectacle coûteux.

 

Pendant ce temps la classe dirigeante s’occuperait de bien vivre et de rester en place par la construction médiatique fine d’un peuple « souverain » habitant un « pays riche » et libre de choisir entre « la » gauche et « la » droite, habillages en gris et en marron des mêmes ambitions. Les sondages plus ou moins discrets deviendraient la source essentielle très bien rémunérée du « comment durer ? » et on pourrait même imaginer un jour qu’une présidente d’institut de sondage devienne la représentante de l’industrie moribonde. Le lien avec le peuple réel serait confié aux militants, ces êtres complexes qui cachent sous une apparence d’altruisme, une attirance très égoïste de ce qui brille. La classe dirigeante aurait vis-à-vis d’eux le double langage, flatteur d’un côté pour qu’ils travaillent gratuitement et condescendant de l’autre pour ne pas se mélanger. Certains militants agiraient par conviction, d’autres en espérant un emploi pour le petit ou un appartement pour la cousine, d’autres encore, les plus jeunes, avec le rêve presque toujours déçu de franchir un jour la barrière et d’accéder au Saint des Saint. La classe dirigeante aurait comme seul travail de préparer le moment unique où le peuple souverain se croiserait avec le peuple réel, l’élection. Ce serait le seul moment où les sondeurs, confronteraient au peuple réel l’exactitude de leurs sondages tellement structurants. L’élection serait un moment si important et si risqué qu’il serait capital d’édicter des règles pour que le peuple réel ne puisse s’y présenter. On y dépenserait des fortunes pour paraître et faire croire. Paraître et faire croire deviendraient d’ailleurs l’activité principale de la classe dirigeante qui passerait son temps dans les médias.

 

En revanche on n’aborderait aucun problème de fond par peur de déplaire. On ne s’occuperait pas du droit constitutionnel à l’emploi bien qu’il soit repris dans tous les préambules constitutionnels depuis 1848 et on ne réagirait qu’avec tristesse devant les suppressions d’emploi dont on accuserait la crise en attendant le retour de la déesse croissance. On ferait croire à la réalité de la déesse en dépensant de l’argent inexistant que les hausses des prix et les dévaluations futures financeraient. On n’aborderait surtout pas le fait que le sacro-saint niveau de vie n’existe que par le mariage de l’esclavage et du libre-échange, qu’il amène inéluctablement les disparitions d’emplois et que les solutions fondées sur la recherche, la formation et un système bancaire satisfait de lui-même, ne sont que des rêves d’enfants gâtés. On ne s’occuperait pas de l’apprentissage du discernement totalement absent de l’éducation dite nationale. On s’occuperait encore moins de construire une vraie démocratie tellement on serait convaincu d’y perdre le pouvoir. En revanche on chercherait à augmenter la taille du peuple « souverain » en parlant Europe puis gouvernance mondiale pendant que des malandrins de tous poils profiteraient de cette anarchie intellectuelle organisée pour se construire, en petits groupes, des fortunes personnelles. Le peuple réel divorcerait de ses représentants. La lassitude et la colère se soutiendraient l’une l’autre en attendant des lendemains violents.

 

Heureusement tout cela n’est qu’un vilain cauchemar et n’a rien à voir avec la réalité. Nous, nous voulons construire une vraie démocratie.

Observons simplement que la démocratie n’est pas l’avis majoritaire de la foule mais l’avis majoritaire des citoyens, des gens responsables c’est-à-dire compétents, engagés et capables de doute. La seule vraie difficulté de la démocratie mais elle est énorme, est de discerner ces gens responsables pour ne pas confondre démocratie et mouvement de foule. Nous devons nous atteler à cette tâche qui n’est pas encore abordée.

Dans l’attente du résultat de ce travail, un tirage au sort parait la façon la moins fausse de représenter le peuple, comme dans la Grèce antique et comme dans une cour d’assises aujourd’hui. Nous ne ferions d’ailleurs que suivre Aristote qui a écrit dans Les Politiques livre IV (ou VI dans certaines éditions),9,4 : « Il est démocratique que les magistratures soient attribuées par le sort, et oligarchique qu’elles soient électives. » Montesquieu enfonce le clou dans De l’esprit des lois : « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie. Le suffrage par le choix est de celle de l’aristocratie. Le sort est une façon d’élire qui n’afflige personne ; il laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir sa patrie. »

 

Aristote et les Lumières n’étaient pas forcément dans l’erreur !

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Argent et développement durable

Bien avant l’introduction des échanges dans un groupe, se situe la raison pour laquelle le groupe se constitue. Pour voyager ou pour survivre, pour se défendre ou pour se reproduire, les hommes se rassemblent pour une raison simple, un lien social. À l’intérieur de ce lien social chacun est prié de donner le meilleur de lui-même et les sociétés se constituent par le don de soi et l’accueil de l’autre à l’intérieur d’une loi qui les rassemble. Ce don de soi, le don de son énergie individuelle, de son travail, manuel ou intellectuel, manuel et intellectuel, crée un échange d’énergie entre les participants qui soude le groupe autant que le lien social.

 

Cette énergie est comptabilisée dans la mémoire du groupe et l’harmonie du groupe exige qu’elle soit équilibrée. À titre d’exemple, dans une famille ou un groupe d’amis, une simple parole suffira à stimuler le travail trop modéré de tel ou tel. Mais quand le groupe devient trop important, la mémoire collective trébuche et l’on choisit une matière comme l’or ou l’argent, recherchée, rare, pérenne et divisible qui va être la mémoire du travail des membres du groupe, leur monnaie, l’énergie du groupe, l’énergie sociale. Le mot même de monnaie vient du grec mnêmosunê « dont on conserve le souvenir ». Cette énergie n’existe que par la reconnaissance qu’elle est accumulation des énergies individuelles, accumulation du travail des membres du groupe, stockage réussi par l’homme de son énergie personnelle. La monnaie est le substitut de l’homme. Mais comme elle n’est au départ reconnue que par les membres du groupe, elle est aussi le symbole du lien social dont le pouvoir est garant, ce qui donne à ce dernier le droit de battre monnaie.

 

L’introduction de la monnaie nécessite pour la première fois de chiffrer les valeurs des biens et des services que l’on s’échangeait auparavant sans compter et en se contentant d’une harmonie des échanges. La monnaie génère le troc contrairement à tout ce qui est raconté dans le système académique qui soutient que le troc précède la monnaie. L’erreur universitaire laisse croire que la monnaie est le substitut des biens et des services. Elle va s’engager dans une querelle entre les tenants de la monnaie-signe et ceux de la monnaie-marchandise en oubliant que seul l’homme est à la fois réalité et symbole. La monnaie substitut de l’homme explique qu’un chanteur émeuve la France entière en brûlant un billet de banque à la télévision, alors que rien n’aurait bougé s’il avait brûlé un objet de même valeur acheté une heure auparavant avec le même billet. Inconsciemment il se brûlait et nous brûlait avec lui.

 

Mais l’humanité est faible. En refusant d’écouter toutes les sagesses antiques comme les trois religions monothéistes unanimes, en refusant de voir comme Aristote que « l’argent est par nature stérile » lui qui « a vainement cherché sur une pièce de monnaie ses organes reproducteurs », en refusant de réaliser que la multiplication de la mémoire s’appelle un rêve. En refusant d’admettre que l’on ne fabrique pas du cuivre avec du cuivre, de l’eau avec de l’eau et de l’argent avec de l’argent, l’homme a voulu créer de l’énergie sans travail, de l’argent sur lui-même. Il a inventé l’usure en la débaptisant pour qu’elle devienne simplement le prêt à intérêt, l’usure ne restant que son excès.

 

Mais comme l’argent n’est que la mémoire du travail loyalement accompli, toute augmentation artificielle de sa masse globale s’appelle inflation et entraîne une diminution de la valeur nominale. Tout prêt à intérêt est une dévaluation qui devrait être réservée au pouvoir dont un des rôles est de prendre une partie de la richesse des particuliers pour le bien de tous. Le prêt à intérêt est un impôt sur les possédants. Il n’est pas choquant mais il est étrange qu’il puisse être privé. Nous constatons pourtant que depuis que le système financier mondial se développe, les monnaies se dévaluent et que ceux qui travaillaient avant de consommer en remplissant leurs bas de laine, sont devenus des imbéciles. Les gens intelligents comme nous, consomment, jouissent et se vendent en servitude volontaire à leurs échéances bancaires futures.

 

D’autres gens intelligents ont compris le système et fabriquent entre eux de la monnaie par dizaine de milliards de dollars, qu’ils assurent entre eux pour ne pas voir que cet argent n’existe que si l’impôt privé qui le crée est reconnu, ce qu’il ne sera jamais sauf par la multiplication des prêts à intérêt qui nécessite que les peuples aient envie de jouir avant l’effort. Ce jeu de fous, joué avec des mots que personne ne comprend comme « rehausseur de crédit », « vente à découvert » et tant d’autres que seuls les initiés comprennent, a absolument besoin du mot confiance pour qu’aucun enfant ne puisse dire que « le roi est nu ». Des garçons et des filles de 30 ans super diplômés roulent Maserati à Londres pour le Crédit Suisse ou la Société Générale et jouent à ce jeu infernal qui n’a plus aucune règle.

Souvenons-nous de ce qui peut être durable.

 

Un équilibre stable se reconstitue naturellement quand il est dérangé. Le liquide dans un récipient ou le manteau accroché à un clou est un équilibre stable contrairement au château de cartes ou à l’échafaudage. Il n’y a de développement durable que le développement fondé sur des équilibres stables. Rien ne peut être durable s’il est fondé sur des équilibres instables qui s’anéantissent eux-mêmes au moindre dérangement ou qui nécessitent des renforts qui laisseront chaque fois au futur un problème un peu plus complexe. L’équilibre instable génère pour survivre une complication permanente qui ne peut aller que vers l’effondrement ou la paralysie.

 

La crise financière mondiale actuelle dont nous ne percevons pour l’instant que les prémisses, est un exemple typique d’équilibre instable. L’inflation absurde et incroyable, comme n’en a encore jamais connu l’humanité, créée par les prêts à intérêt, par la fabrication de l’argent sur l’argent, payée sans qu’ils le sachent par tous les épargnants dont l’avoir diminue, et devenue innommable au sens propre depuis que le mot « inflation » est devenu la hausse des prix et qu’aucun autre mot ne l’a remplacé. Cette bulle de néant qui ne tient que par la confiance que ses participants feignent d’avoir en elle, génère les réactions que nous observons. D’un côté les États-Unis baissent leur taux directeur pour faire encore plus d’inflation et laisser au futur un problème encore plus compliqué. Ils ont raison à leurs yeux puisque depuis août 1971, leur monnaie a été déconnectée de toute référence en restant monnaie de référence. Ils sont devenus les seuls faux-monnayeurs légaux de la planète et évacuent sur l’ensemble de l’humanité une bonne partie de leur problème. Cela fait tout de même baisser leur monnaie mais ils pensent avoir intérêt à perpétuer le système. D’un autre côté, la Banque Centrale Européenne refuse assez honorablement d’écouter les sirènes et de baisser ses taux pour ne pas compliquer encore le problème, mais elle est totalement isolée et n’ose pas dire que le système est en voie d’explosion tellement personne n’est prêt à l’entendre pour des raisons que nous devrons essayer de comprendre avant que l’explosion n’arrive. C’est le but de ce groupe de réflexion.

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Croissance et réformes

Dès l’instant où l’on prend conscience que la croissance n’est que la dépense, qu’elle soit intelligente ou stupide et que toute dépense fait de la croissance, on comprend que la croissance permette beaucoup de choses suivant le principe qu’un milliardaire résout mieux ses problèmes matériels qu’un Sans Domicile Fixe sans le sou et qu’il peut en outre avec de l’argent, les résoudre sans discernement. Mais bien sûr il faut financer la croissance, et la manne divine se faisant rare, la croissance est financée par l’appauvrissement ou par l’emprunt. Ce double financement est freiné par le bon sens et accéléré par la demande ce qui donne ces fameux cycles chers à nos économistes.

 

Comme le discours politico-médiatique est que la croissance doit être « libérée » et qu’elle a des fruits que nous allons nous partager, l’appauvrissement doit se faire discret et il prend le nom de « réformes » à faire (baisse du pouvoir d’achat, montée des prélèvements, baisse de la réalité des services publics, montée des annuités nécessaires à la retraite, baisse de la valeur des points de retraites, etc...). En outre les réformes préparant notre appauvrissement étant présentées comme préparant notre enrichissement, le mot « réforme » n’est jamais trop détaillé pour ne pas effrayer et il s’habille d’un pluriel stimulant et protecteur. L’emprunt s’envole alors sans aucune discrétion en laissant croire que la vie facile qu’il procure est un fruit de la croissance. Les emprunts des particuliers, des entreprises et de l’Etat sous toutes ses formes, atteignent des niveaux stupéfiants. En même temps, bien évidemment, la croissance n’est jamais assez là avec chaque mois, son cortège de bonnes raisons incompréhensibles qui expliquent qu’elle sera là demain.

 

Mais si l’on réalise aussi que tous ces emprunts coûtent un intérêt qui est financé par la dévaluation des monnaies, c’est-à-dire par un nouvel impôt sur les détenteurs de monnaie, on comprend la spirale négative très préoccupante dans laquelle nous sommes. La croissance est nécessaire pour faire les réformes et les réformes sont indispensables pour que la croissance revienne. Cette merveilleuse définition de l’immobilisme nous permet de tenir par la montée de l’emprunt et par l’illusion que demain apporte ses solutions. Mais combien de temps pourrons-nous rêver ?

 

Lorsque Jean-Pierre Elkabbach dit sur la radio de M. Lagardère, à un représentant officiel de la Chine « Si on pouvait marier la croissance à tout va et les droits de l’homme, ce serait formidable ! », il ne fait que traduire le strabisme convergeant de notre élite qui avec la manne divine offre à chacun d’entre nous une liberté gratuite alors que la réalité est plus dure : nous allons vers l’esclavage à nos échéances sans aucune idée de la façon dont nous arriverons à les payer. L’adolescent qui refuse de se lever pour ne pas avoir à se réveiller est dans la même logique.

 

La question qui se pose alors est simple : Comment pouvons-nous être aussi aveugles ? Or si la question est simple à formuler, il est extrêmement compliqué d’y répondre et la bonne foi des handicapés qui demandent un SMIC est révélatrice des dérèglements des cerveaux.

 

Nous nous laissons endormir sur tout ce qui est collectif en ne restant éveillé que pour la gestion de plus en plus difficile de notre quotidien ? Les difficultés de notre vie quotidienne nous poussent à y utiliser toute notre énergie en clamant notre impuissance sur le collectif et le politique. Certes les périodes électorales pimentent un peu la grisaille mais nous savons au fond de nous que sitôt le rideau tombé, le long fleuve tranquille continuera à couler, au même rythme, vers nulle part.

 

Nous sommes pourtant les vrais responsables et il est temps d’en prendre conscience sans en accuser ceux que nous n’aimons pas.

 

Si la responsabilité est bien la superposition de la compétence et de l’engagement avec éventuellement la cerise sur le gâteau que serait l’humilité, nous pouvons nous interroger sur notre irresponsabilité et sur ses causes. N’en déduisons surtout pas un quelconque mépris pour les individus qui au fond d’eux-mêmes tissent comme ils le peuvent pour survivre ce qui est admirable en eux et ce qui l’est moins. Le collectif n’aide plus à voir clair. Il aveugle au contraire et sanctifie l’individualisme par son incapacité à répondre aux problèmes par manque d’analyse. La croissance et les réformes sont les deux poudres aux yeux qui empêchent de voir que le problème vient de notre système éducatif et de notre système politique, deux monstres sacrés que personne n’ose bousculer vraiment. Comme l’emprunt ne pourra pas monter indéfiniment, arrivera forcément le jour où il faudra affronter les deux monstres. Commençons dès aujourd’hui même si il y aura beaucoup de coups à prendre. Le courage nous l’impose car si nous ne le faisons pas, le mondialisme va continuer à envahir les esprits et centupler le problème par l’appauvrissement général, la destruction de notre environnement et l’enrichissement d’une minorité.

 

Pour affronter les deux monstres sacrés, il faut commencer par les regarder en face.

 

Notre système éducatif répond aujourd’hui admirablement aux problèmes du 19ème siècle quand la connaissance manquait et que le discernement était donné par les villages et les familles, ces lieux clos contradictoires et obligés où chacun se meulait aux autres pour apprendre à vivre sans possibilité de fuite. Aujourd’hui rien n’a changé dans le système alors que tout a changé dans le paysage. Depuis que l’on appelle liberté le fait de faire ce que l’on veut, où l’on veut quand on le veut, les écoles de discernement ont disparu et nous ne savons même plus discerner dans les montagnes d’informations qui nous entourent, ce qui est à utiliser, à rejeter ou à ignorer. Pendant ce temps les inspecteurs généraux de l’Éducation Nationale décident de ce que nous devrons répéter à nos professeurs pour avoir nos diplômes. Cela forme des gens obéissants et sages, mais pas des gens debout.

 

Parallèlement le suffrage universel direct confiant la vérité à l’avis majoritaire de la foule, ridiculise la démocratie qui est pourtant le plus beau des systèmes. Mais la démocratie est l’avis majoritaire des gens responsables, c’est-à-dire encore une fois, compétents, engagés et si possible humbles, c’est-à-dire capable de doute. La démocratie n’est pas l’avis majoritaire de tout le monde sur tout et les politiques se sont d’ailleurs bien gardés de demander l’avis du peuple sur la peine de mort. Ils ont rectifié aussi à leur manière l’avis du peuple sur l’Europe. Le gros problème de la démocratie est qu’il faut limiter les sujets ou limiter les électeurs. Pour ne faire aucune limitation d’électeurs quel que soit le sujet, on a limité à un seul sujet : Duchmoll ou Tartempion, l’un et l’autre ne se faisant connaître que par le publicitaire dont il peut s’offrir les services. Nous ne sommes pas en démocratie. C’est pourtant un très beau système si nous arrivons à trouver une vraie représentation populaire. Ce sera très difficile mais « à cœur vaillant... rien d’impossible ».


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Le discernement

Cerner vient de cernere, faire le tour, dont le participe passé certus a donné l’adverbe certes et la certitude. Cerner c’est faire le tour sans rien oublier, sans laisser de poche inexplorée.

 

Le préfixe dis a le sens de la séparation, disjoindre, dissymétrie, discourtois, discrédit disculper, contrairement au préfixe dé qui n’apporte que la cessation, désarmer ou dépolir. Avec le verbe tendre, on perçoit bien la différence entre le simple arrêt de la tension dans détendre et la séparation dans distendre.

Décerner veut dire que l’on arrête de faire le tour et que l’on conclue en décernant un prix ou un mandat d’arrêt.

 

Discerner en revanche superpose les deux notions de faire le tour sans aucune omission et de séparer le bon grain de l’ivraie, le bien du mal, le beau du laid, le vrai du faux, toutes notions subjectives que seul le groupe sait définir.

 

Pour qu’il y ait discernement il faut à la fois appartenir à un groupe qui définit les critères de ce qu’il faut accueillir et de ce qu’il faut rejeter et à la fois travailler pour ne pas omettre un seul aspect de la question.

 

Pour travailler et communiquer notre discernement, nous devons d’abord comprendre pourquoi dans le groupe France auquel nous appartenons, la croissance est une manne alors qu’elle n’est que dépense, l’argent remplace le troc alors qu’il n’est que mémoire du travail loyalement accompli, les réformes sont le joli paravent de l’immobilisme par peur d’affronter la nécessaire révolution. Les raisonnements faussés nous font aimer le gratuit et le crédit et tout est fait pour que nous n’en voyions ni le prix ni l’effort. C’est notre complicité de Français avec nos banques, nos grandes surfaces et nos médias qui pose le problème de fond. Plus de jouissance avec moins d’efforts est ce que nous demandons à ceux (et celles) qui ambitionnent de nous cajoler pour que nous les aimions.

 

Certains pensent qu’il faut attaquer le problème par l’économie. C’est à mon avis une erreur car le problème est beaucoup plus profond. Les politiques font cette erreur en priant pour l’arrivée de la croissance et nous ferions la même erreur en pensant qu’il serait suffisant de remonter les frontières, ce qui est évidemment nécessaire, et de reprendre les rênes de l’économie aux grands groupes pour voir la sortie du tunnel par quelques propositions, bonnes pour la plupart.

 

Si nous voulons vraiment que le peuple ait le dernier mot, il est indispensable de revoir l’ensemble du système éducatif qui forme aujourd’hui des gens couchés, obéissants et qui ne comprennent pas l’oïkos, la maison qu’ils habitent pourtant. La nécessaire addition de l’affectif et de l’effectif, des entraîneurs et des professeurs, des lieux de vie et des lieux d’enseignement, doit générer une refonte totale de notre système d’intégration qui est aujourd’hui dans les mains de gens probablement beaucoup trop contents d’eux-mêmes.

 

De même notre système politique fondé sur la flatterie du peuple à qui l’on dit qu’il est debout alors qu’on le couche, entraîne une survalorisation du beau au détriment du bien et du vrai. Le bien et le vrai composant le juste, sont exclus de notre système politique.

 

L’heure n’est pas en priorité à la recherche de solutions qui n’ont aucune chance d’être mise en pratique. L’heure est à l’analyse et au partage par cercles de plus en plus larges de l’analyse. Quand l’analyse sera majoritaire, la solution tombera comme un fruit mûr tellement les équilibres stables sont simples.

 

Pour l’instant toute la classe politique française perdue, attend la croissance comme le chanoine de St Jean de Latran ou le fonctionnaire le mieux payé du monde dans son FMI washingtonien. Le drame n’est pas leur erreur, le drame est que cela ne semble pas déranger grand monde.


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Le but et le chemin

Si le but est assez clairement un rapport harmonieux à soi-même, au groupe et à l’Illimité, en évitant le sectarisme qui oublie l’individu, le fanatisme qui oublie le groupe et le matérialisme qui oublie l’Illimité, il est moins simple d’être sûr du chemin qui y mène.

 

Nous sommes dans un monde qui a choisi le chemin de l’avoir, alors que seul le chemin de l’être peut nous sortir de l’impasse dans laquelle nous sommes.

 

L’avoir est en économie : nous voulons consommer à un prix auquel nous sommes totalement incapables de fabriquer, vu nos salaires et notre protection sociale, tout en rejetant avec mépris l’esclavage car nous ne sommes pas esclavagistes. Étant incapables de faire, nous ajoutons, suprême vanité, que les autres vont nous acheter très cher notre être tellement il est remarquable. Grâce à leur admiration de notre être, nous pourrons leur acheter notre avoir à un tout petit prix. Seule notre vanité nous permet de croire à ce futur-là. Nous sommes prêts à entendre toutes les âneries pour ne pas nous affronter nous-mêmes.

 

L’avoir est en éducation : nous voudrions être debout, exister, alors que tout nous amène à être couchés et à nous contenter de l’avoir, avoir son bac, avoir un diplôme, avoir un emploi, un salaire, un patron, une maison, une formation, des RTT, des vacances, le RMI, une retraite. Nous étudierons lors de notre prochaine commission comment le désir, moteur de tout, est dévoyé du désir d’être qui conduit au bonheur, au désir d’avoir qui ne mène qu’au plaisir.

 

L’avoir est en politique : nous confions notre destin à des gens qui n’existent que par ce qu’ils possèdent. Ils sont riches, de leur propre argent ou de celui que nous leur donnons par un système de financement public qui leur distribue l’argent afin qu’ils ne le volent pas. Cela s’appelle la ploutocratie, le pouvoir aux riches en grec. Celui qui a raison est celui qui peut se payer le meilleur publicitaire. L’avis majoritaire de la foule sur n’importe quel sujet, n’est pas la démocratie mais le déguisement sournois de la ploutocratie.

 

Pourtant si nous nous vautrons dans l’avoir ou si nous en rêvons, nous savons tous, au fond de nous, que le vrai chemin passe par l’effort d’être. Toutes les sagesses et toutes les religions ne parlent que d’éveil, de résurrection, de verticale, de ciel et terre, de totems et d’hommes debout.

 

Le succès stupéfiant du film sans vrai scénario « Bienvenue chez les Ch’tis » ne peut s’expliquer que par le fait que tous les personnages sont dans l’être et non dans l’avoir et que même les décors, la Poste, la ville, le stade, n’appartiennent à personne et sont respectés par tous. Le film eut été tout différent si cela s’était passé dans une entreprise appartenant à son patron. Dans le film les gens sont debout, existants sans posséder. Le décor rappelant une Province et son patois, a éveillé dans toutes les provinces le même souvenir d’un entant pas si ancien, où nous étions debout et vivants. Il y a un espoir révolutionnaire inconscient dans le succès de ce film. Nous sommes saturés d’avoir et en quête d’être.

 

Héraclite d’Ephèse disait : « Ils ne comprennent pas comment ce qui s’oppose à soi-même s’accorde avec soi : ajustement par actions de sens contraire, comme de l’arc et de la lyre. » Il nous dit que, comme dans l’arc et dans la lyre, une tension mobile appliquée à une tension fixe donne vibrations et mouvements. Cette tension entre l’avoir et l’être conduira à une révolution inéluctable si nous n’apportons pas les tensions mobiles qui rééquilibreront l’avoir et l’être.

 

En économie l’avoir qui est le capital ne peut être rémunéré que par le succès de l’entreprise qui est une aventure commune avec l’être que sont, ou devraient être, ses salariés. L’être, c’est-à-dire les salariés, est aujourd’hui méprisé au profit d’un capital qui n’est même plus l’avoir de l’entreprise mais l’usure au sens propre à l’usage des financiers qui ne cherchent qu’à revendre leur mise avec profit. De leur côté les salariés sont de moins en moins l’être qu’ils devraient être en se contentant de demander leur part d’avoir aux financiers. Le libre échange est responsable de cette décomposition intellectuelle de notre économie.

En éducation les lieux d’apprentissage de l’être comme l’ont été les colonies de vacances, le scoutisme, les cœurs vaillants, les chantiers de jeunesse, les services militaire ou civil, ont quasiment tous été fermés après que l’on ait ridiculisé leurs animateurs. Ils restent pourtant aujourd’hui les seules écoles de ce discernement tellement indispensable et tellement absent.

 

En politique la représentation actuelle du peuple par les riches n’est pas un bon système de représentation populaire. Bien plus souvent utilisés que le suffrage universel direct, le tirage au sort des cours d’assises ou les panels représentatifs des instituts de sondage, seraient déjà des représentations moins fausses.

Notre propre contradiction entre notre plaisir d’avoir et notre désir d’être est la tension fixe qui cherche son archer, son archet, son musicien ou son vandale pour faire les vraies réformes ou la révolution.

 

La tension croissante entre l’avoir et l’être nous indique que le temps des réformes se termine et que le temps de la révolution arrive. Vaut-il mieux démonter doucement les cordes de l’arc et de la lyre, ou attendre que la tension les éclate ?


 
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